MERLIN - MYRDDIN - MERZHIN

Publié le par Grimbeorn


Merlin et Vivianne



Merlin est généralement représenté comme un mage bénéfique commandant aux éléments naturels et aux animaux (Druide). Aussi connu sous la forme latine « Merlinus », galloise « Myrddin » ou « Myrdhin », bretonne « Merzhin », ou cornique « Marzhin ». Ces noms viennent de « mori-dunon », « dun (forteresse) de la mer » en langue celte .

Il est particulièrement rattaché à la mythologie brittonique, qui couvrait la Bretagne continentale et l’actuelle Grande-Bretagne (jusqu'au sud de l’Écosse). Fables & Mythes

Druide et enchanteur du Ve-VIe siècle, selon la légende, il est né d'un Fætog : « homme fée » (en normand) et d'une jeune Druidesse[3], pseudo-christianisé en incube et nonne par le trouvère normand Robert de Boron. Certains le situent à l’époque des druides de l'Antiquité celtiques. Ce que l’on sait, c’est que les noms « Merddin » et « Myrddin » furent utilisés successivement pour décrire un seul et même personnage. Le nom de « Merlin » sera adopté plus tard, sans doute aux environs du XIIe siècle. La légende de Merlin, dont le nom est associé à des qualificatifs divers tel que « enchanteur », « magicien » ou « l’Homme des bois », est très complexe. On ne sait pas si ce personnage a vraiment existé, les sources manuscrites de l’époque ayant disparu. La plupart des ouvrages qui parlent de Merlin, évoquent aussi Arthur et les chevaliers de la Table ronde. Ces textes datent du XIIIe siècle au XVIe siècle, mais des récits mettant en scène Merlin remontent à bien plus longtemps. Il apparaît qu’un certain Merlinus Ambroisius aurait réellement existé, de descendance royale. L’influence chrétienne au Moyen Âge aurait transformé les écrits de départ en légende : la mère de Merlin ayant enfanté d’un « antéchrist » aux grands pouvoirs. De plus, certaines femmes deviennent des sorcières s’en prenant aux hommes, même à Merlin. Bref, sa description varie au fil des époques jusqu’à ce qu’il devienne le Merlin que l’on connaît à travers les contes et les dessins animés : enchanteur, prophète, homme des bois, maître des animaux, sage, un magicien pur et proche de la nature, assez proche du dieu Pan de la mythologie grecque qui représente l'incarnation même de la nature. Sur le plan symbolique, Merlin représente la bonté et le rêve, la nature dans sa puissance originelle. C’est sans doute pour cela qu’il nous captive, car il est la représentation d'un archétype éternel.

La légende la plus connue quant à son origine le fait fils d'une vierge et d'un démon, d'où le parallèle chrétien et la qualification d'antéchrist. Cependant, d'autres légendes (rapportées par Stephen R. Lawhead dans son Cycle de Pendragon) lient son existence à la légende de l'Atlantide, d'où sa mère serait native (Charis, fille du Roi Avallach d'Atlantide), alors que son père serait breton (Taliesin fils d'Elphin, roi de Caer Dyvi), selon la légende du Cycle de Pendragon. Ces divergences d'origine viennent du fait qu'aucune histoire réelle n'a encore été découverte, et, de ce fait, toute version est possible.
Merlin conseillant Arthur, illustration de Gustave Doré pour Idylles du roi de Lord Alfred Tennyson (1868)

Selon la légende il vivait dans une petite tour sur une grande colline en Angleterre à Wells

 Merlin et Arthur

Son rôle dans la Légende arthurienne est d'aider à l'accomplissement du destin du royaume de Bretagne (royaume mythique regroupant l'actuelle Angleterre, le Pays de Galles et la Bretagne continentale). Grâce à une sagesse légendaire, il devient l'ami et le conseiller du roi Uther Pendragon. À la mort de celui-ci, il organise le défi de l'épée Excalibur qui permet à Arthur, fils illégitime d'Uther, de succéder à son père. Puis il incite Arthur à instituer la Table ronde afin que les chevaliers qui la constituent puissent se lancer dans des missions relevant du mythe, notamment la fameuse quête du Graal. À la fin de sa vie, et malgré toutes ses connaissances, Merlin ne pourra rien contre la destinée du royaume de Bretagne et la fin tragique du roi Arthur.

La légende de Merlin n'est pas à l'origine intégrée dans le cycle arthurien. Le personnage sera en quelque sorte « christianisé » par la suite pour pouvoir y figurer, mais on peut y reconnaître l'archétype du druide : proximité avec la nature, pouvoirs magiques, connaissance surnaturelle, sagesse, longue vie, rôle de guide et de conseiller des puissants. Dans un monde chrétien alors en plein essor, il représentait ce qui restait de la tradition ancienne : le monde druidique moribond.

 Merlin et la fée Viviane

Devin et druide, Merlin tomba, selon la légende, éperdument amoureux de la fée Viviane, à qui il confia le secret pour se lier un homme à jamais. La fée Viviane entreprit donc de réaliser cette magie, traçant les « neuf cercles » autour de Merlin endormi. La magie étant puissante, Merlin fut enfermé pour l'éternité dans sa geôle, au grand regret de la fée Viviane qui ne croyait pas que la chose fût possible. On dit aussi que même maintenant, il est encore enfermé. Ainsi, dans la forêt de Brocéliande, sur une stèle est écrit: « ici a été enfermé Merlin l'enchanteur par la fée Viviane ». l'écriture n'est sans doute pas d'époque.


Merlin dans les œuvres culturelles

Les premières références littéraires à Merlin sont galloises. Différents textes distinguent clairement la différence entre deux personnages nommés Merlin. Les Triades Galloises , par exemple, font état de trois bardes : Taliesin, chef des bardes, Myrddin Wyllt et Myrddin Emrys. Si les deux bardes appelés Myrddin étaient à l'origine les variantes d'un même personnage, leur histoire est devenue si différente dans les premiers textes que nous possédons à leur sujet qu'il convient d'en traiter séparément, même si certaines péripéties appartiennent aux deux.


Merlinus Caledonensis, Myrddin Wyllt

(« Myrddin the Wild » : le sauvage) Ce Myrddin n'a rien à voir avec Arthur et apparaît après la période arthurienne. Les premiers poèmes gallois concernant la légende de Myrddin le présentent comme un fou vivant une existence misérable dans la forêt calédonienne, ruminant sur sa triste existence et sur le désastre qui l'a précipité si bas : la mort de son seigneur Gwenddolau, au service duquel il était barde. Les allusions faites dans ces poèmes servent à montrer les évènements de la bataille d'Arfderydd, où Rhydderch Hael, roi de Rheged, massacre les forces de Gwenddolau, tandis que Myrddin devient fou en regardant la défaite. Les Annales Cambriae datent cette bataille en 573 et nomment les adversaires de Gweddolau Gwrgi et Peredur, fils d'Eliffer.

Une version de cette légende est préservée dans un manuscrit de la fin du XVe siècle, dans une histoire intitulée Lailoken et Kentigern. Dans ce récit, saint Kentigern rencontre en un endroit désert un fou nu et échevelé dénommé Lailoken, que d'aucuns appellent Merlynum ou Merlin, qui lui déclare être condamné à errer en compagnie des bêtes sauvages à cause de ses péchés. En outre, il dit avoir été la cause de la mort de toutes les personnes tuées durant la bataille « en la plaine entre Liddel et Carwannok ». Après avoir raconté son histoire, ce fou s'éloigne et fuit la présence du saint pour retourner à son état sauvage. Il apparaît encore plusieurs fois dans le récit jusqu'à ce qu'il demande finalement les derniers sacrements au saint, prophétisant être sur le point de mourir d'une triple mort. Après quelque hésitation, le saint exauce le souhait du fou ; alors les bergers du roi Meldred le capturent, le frappent à coups de bâton, le jettent dans la rivière Tweed où son corps fut percé par un pieu, sa prophétie se trouvant ainsi accomplie.

La littérature galloise comporte nombre d'exemples de littérature prophétique, prédisant la victoire militaire de tous les peuples celtes de Grande-Bretagne qui se rassembleraient pour rejeter les Anglais — et par la suite les Normands — à la mer. Certaines de ces œuvres ont été interprétées comme les « prophéties de Myrddin », exceptée celle nommée les Armes Prydein.

Geoffroy de Monmouth a également parlé de ce Merlin sauvage et prophétique dans sa Vita Merlini, qui semble être une adaptation très proche de nombreux « poèmes de Myrddin ».


Merlin Ambrosius, Myrddin Emrys

Ce fut Geoffroy de Monmouth qui introduisit Merlin dans le cycle du roi Arthur. Si Geoffroy est surtout connu pour son personnage d'Arthur, c'est surtout de Merlin qu'il a traité, faisant du barde prophétique de la tradition galloise un personnage central de ses trois livres : Prophetiae Merlini, Historia regum Britanniae, et Vita Merlini. À la suite de son second livre, où Merlin apparaît dans le conte du roi Vortigern, Aurelius Ambrosius et Uther Pendragon, dont le règne précéda immédiatement celui d'Arthur ; Merlin devient aussi dans plusieurs œuvres ultérieures un personnage des contes du roi Arthur.

Geoffroy narre seulement trois contes de Merlin. Dans le premier, l'auteur attribue à Merlin l'histoire du garçon sans père que rapporte Nennius à propos d'Aurelius Ambrosius. Merlin est issu de la fille d'un roi (peut-être la reine d'Irlande Medb, épouse de Ailill mac Máta) et d'un démon, et l'épisode a lieu à Carmathen au pays de Galles, patrie de Myrddin. Geoffroy mentionne simplement que Merlin était aussi dénommé Ambrosius, camouflant ainsi le changement qu'il opère par rapport au récit de Nennius. Une longue suite de prophéties est alors ajoutée. Le second conte rapporte comment Merlin crée Stonehenge, ayant pour fonction d'être la sépulture d'Aurelius Ambrosius. Le troisième conte narre comment Merlin transforme l'apparence d'Uther Pendragon, lui permettant ainsi d'entrer dans le château de Tintagel pour y engendrer son fils Arthur.

Quelque temps après, le poète Robert de Boron remanie cette matière dans son poème Merlin, mais en y ajoutant de nombreux détails altérés et dénaturés d'une manière suggérant que la version de Wace, qui avait adapté le récit de Geoffroy en français, était désormais entrée dans la tradition orale et que celle-ci était ce dont Robert de Boron avait connaissance, ainsi que d'autres contes de Merlin. Seules quelques lignes de ce poème nous sont parvenues. Mais la prose qui en fut issue devint populaire et fut plus tard incorporée dans deux autres romans.

Dans le récit de Robert de Boron, Merlin est engendré par un démon surgi de l'enfer et une vierge, tel un antéchrist. Mais sa mère, enceinte, conseillée par son confesseur Blaise qui s'était aperçu de la situation, avait fait baptiser l'enfant à sa naissance pour faire échouer ce complot satanique. Quoi qu'il en soit, Merlin, moitié homme et moitié démon, avait des pouvoirs magiques extraordinaires comme la connaissance du passé, du présent et de l'avenir, cette dernière étant un don de Dieu.

Robert de Boron parle avec beaucoup d'emphase du pouvoir de Merlin de se transformer, de son caractère facétieux et de son rapport avec le Graal. Ce texte introduit également Blaise, le maître de Merlin, dépeint comme transcrivant la geste de Merlin que Merlin lui dicte lui-même, expliquant comment cette geste devra être connue et préservée. Ce texte relie également Merlin au Graal.

Tandis que le mythe arthurien s'étoffait et s'embellissait, les aspects prophétiques de Merlin perdaient parfois leur emphase afin de faire de lui un magicien, le mentor et le confident d'Arthur. D'autre part, il est dit dans la Prose Lancelot que Merlin n'avait jamais été baptisé ni n'avait jamais rien fait de bon dans sa vie, sinon des œuvres démoniaques. Les contes arthuriens médiévaux abondent en ce sens.

Dans la Prose Lancelot et autres récits plus tardifs, la chute de Merlin est causée par son amour pour une femme nommée Nimue, qui lui extorque ses secrets magiques, les retournant contre lui. D'autres textes évoquent le nom de Viviane, autre personnage clé du cycle arthurien. Merlin serait tombé fou amoureux d'elle et, à sa demande, lui aurait appris plusieurs sorts, dont celui d'emprisonner un homme à tout jamais. Viviane l'emprisonna pour le garder auprès d'elle, soit dans une grotte où il mourut, soit dans un palais magique où il vivrait encore, ce palais étant parfois situé dans la forêt de Brocéliande, en Petite Bretagne.

Il y a ainsi trois récits de Merlin à l'époque d'Arthur qui couvrent aussi les premiers temps de son règne. Le plus ancien, connu sous le nom de Vulgate Merlin, inclut le Merlin de Robert de Boron. Il peut être considéré comme une sorte de préfiguration des trois romans du Cycle de Lancelot. Il existe également une variante incomplète connue sous le nom de Livre d'Arthur. Le second est le plus souvent intitulé Suite de Merlin. Il s'agit d'un long roman en prose qui ne nous est pas parvenu intact mais qui nous est maintenant connu sous le nom de Livre du Graal, conçu comme l'entière histoire du Graal et d'Arthur et ses chevaliers. Ce livre inclut également le Merlin de Robert de Boron. Le troisième enfin s'appelle Les prophéties de Merlin et contient donc les prophéties du personnage (la plupart relatives à des évènements politiques de l'Italie du treizième siècle), tandis que d'autres sont révélées par son fantôme après sa mort. Ces prophéties sont intercalées avec des épisodes relatant les faits et gestes de Merlin et diverses aventures arthuriennes dans lesquelles Merlin n'apparaît pas du tout.

Merlin et l'Art

    * Le personnage de Merlin a souvent été repris à travers les siècles, notamment sur des représentations graphiques romantiques au XIXe siècle, surtout dans les pays anglo-saxons et celtiques,
    * Myrdhin, second opéra de Paul Ladmirault (1902-1909).
    * 1963, dessin animé long métrage intitulé Merlin l'enchanteur, œuvre des studios Walt Disney et réalisé par Wolfgang Reitherman.
    * Les nombreux livres et films autour de la légende arthurienne font souvent apparaître Merlin, tel en 1981 dans le film Excalibur de John Boorman où il est incarné par Nicol Williamson.
    * Merlin, téléfilm de 1998 réalisé par Steve Barron avec Sam Neill dans le rôle de Merlin.
    * C'est également devenu l'un des personnages réguliers de la série humoristique Kaamelott, qui le présente plutôt incompétent, contrairement à toutes les légendes. Ses capacités se révèlent surtout en tant que druide, son rôle d'origine, mais quasiment novice dans celui d'enchanteur.
    * Dans la série de livres-jeux Quête du Graal, Merlin est un personnage récurrent qui est le mentor bougon du héros, Pip.
    * Merlin est le nom d'un "super-vilain" (avec une barbe noire) dans un numéro de Thor, de la maison d'édition Marvel Comics, mais se révéla être en fait un mutant du nom de Warlock.
    * Dans la série de Science-Fiction Stargate SG-1, Merlin est un personnage prépondérant dans la lutte contre les vilains Ori.
    * Il est aussi, pour certains, le modèle du personnage de Gandalf, le « bon » mage du livre Le Seigneur des anneaux publié par J. R. R. Tolkien en 1954.
    * Merlin fait également l'objet d'un roman au complet nommé comme le personnage dans la saga du Cycle de Pendragon écris par Stephen Lawhead où il est cité comme étant Merlin, Myrddin Bach et Myrddin Emrys.
    * Dans le roman de Laurence Carrière on y raconte l'enfance et l'adolescence du jeune Merlin Tome 1 Merlin à l'école des druides et tome 2 L'épée des rois chez LER
    * En 2008, Merlin (série télévisée) britannique, diffusée sur BBC One, raconte les aventures d'Arthur et de Merlin jeunes.
    * Dans l'excellent livre d'Irene Radford : "Les descendants de Merlin (Tome I)", est racontée l'histoire de Wren, la fille de Merlin et d'une grande prêtresse de Dana, conçue sur le site de Stonehenge et amie d'enfance d'Arthur.
    * Merlin, fils de Corwin et de Dara, est également le personnage principal dans le deuxième cycle des Neuf Princes d'Ambre,écrit par Roger Zelzny.
    * Dans les célèbres romans d'Harry Potter écrits par J.K.Rowling, Merlin est connu comme le plus grand et célèbre sorcier de tous les temps.
    * Dans les œuvres de Pierre Bottero, notamment dans les deux trilogies sur Ewilan, Merlin serait Alavirien, le plus grand dessinateur de tous les temps et s'appellerait en réalité Merwyn Ril'Avalon ; Viviane(nommée Vyvian) serait une création des Ts'liches, créatures malfaisantes. Vyvian serait un piège, une création qui aurait dû être éphémère, mais l'amour la liant à Merwyn l'a faite vivre. Merwyn échappa de justesse aux Ts'liches et, voyant Vyvian disparaître, créa un monde parallèle, se battant contre sa propre mort et celle de Vyvian.
    * Dans "Merlin l'Ange Chanteur", le tome 3 du cycle "quand les dieux buvaient" de Catherine Dufour (cycle se déroulant dans un monde parallèle très proche du notre, quelques failles spatio-temporelles à gauche après le big-bang selon l'auteur), Merlin serait un Archange dégénéré et griffu se nourrissant de foi brisée et de souffrance humaine. Par la suite il découvrira qu'il peut aussi se nourrir de sang humain, coupera ses ailes, provoquera la plupart des grands cataclysmes subits pas l'humanité, se dira définitivement allergique au christianisme et donnera naissance à la légende des vampires avant de se faire assassiner par l'Angelot, son camarade de parcours.

Merlin « historique »

La confusion de ces personnages a donné naissance au fantasmatique Merlin l'Enchanteur, capable de traverser le temps et l'espace. Et pour cause : puisqu'il est plusieurs personnes à la fois.

On peut rapprocher l'empereur d'Occident Julius Nepos du Jules César des romans arthuriens, qui n'aurait donc rien à voir avec Caius Julius Caesar (Jules César). En effet Julius Nepos a été césar, c'est à dire vice-empereur, pour l'Occident, du 9 février 474 au 24 juin 474, après quoi il est devenu auguste, c'est à dire empereur, jusqu'à septembre 475.

L'identification du Jules César des légendes, recoupée avec celle d'Ariadne, impératrice de Constantinople, reprise dans les romans sous le nom d'Adrian de Constantinople, placerait donc un hypothétique Merlinus « historique » au Ve siècle.

Il y aurait donc lieu, ainsi, de bien différencier le personnage Merlinus, contemporain de Vortigern, Ambroise Aurèle, et Julius Nepos (le césar), du Martinus / Myrdhin, contemporain de Taliesin, un siècle plus tard. Ce ne sont pas les mêmes personnes.

De plus, selon certains, Myrddin n'était, à l'origine, pas un nom mais un titre qui aurait été attribué à plusieurs personnes, dont certains auraient inspiré la légende de Merlin.


  

Bibliographie

    * Jean Markale, Merlin l'Enchanteur, éditions Albin Michel
    * Guy D'Amours, Les mémoires de Merlin, Éditions De Courberon
    * Théophile Briant, " Le Testament de Merlin", (préface de Fernand Guériff), Éditions Champion-Slatkine, Paris, 1985
    * René Barjavel, L'Enchanteur, éditions Gallimard
    * Jean-Louis Fetjaine, Le pas de Merlin, éditions Pocket
    * Robert Holdstock, Le codex de Merlin, éditions Pocket et Pré Aux Clercs
    * Deepak Chopra, Le retour de Merlin
    * Stephen R. Lawhead, Cycle de Pendragon, éditions Le Livre de Poche
    * Michel Rio, Merlin, le faiseur de rois , Fayard, 2006 (refonte en un seul volume de la trilogie Merlin, Morgane, Arthur, publiée par Michel Rio en 1989, 1999 et 2001).
    * Gilles Roussineau, La suite du roman de Merlin, Droz, collection Textes littéraires français
    * Philippe Walter, Daniel Poiron (prés.) Le Livre du Graal, Gallimard (Bibliothèque de la Pléiade), 2001. 2 vol. : I - Merlin, les premiers faits du roi Arthur, II - Lancelot.
    * Jean Markale, Le cycle du Graal (coffret, 4 vol.), La naissance du roi Arthur, les chevaliers de la Table Ronde, Lancelot du lac, la Fée Morgane), J'ai lu, 2000.
    * Geoffroy de Monmouth, La Vie de Merlin (1148), Climats, 1996
    * Guillaume Apollinaire, L'enchanteur pourrissant , Editions Flammarion,(Nrf), 1972
    * Jacques Roubaud, Graal fiction , Gallimard, (Blanche), 1978
    * Jacques Roubaud, Graal théâtre , Gallimard, (Blanche), 2005
    * Istin, Lambert, Stambecco, Merlin, Décalogie en BD (8 tomes sortis en janvier 2008), Editions Soleil Celtic
    * Catherine Daniel, Les prophéties de Merlin et la culture politique, XIIe-XVIe siècle, Turhnout, Brepols, 2007.
    * Irene Radford, Les descendant de Merlin Tome I, points, 2007.

 

 

MERLIN

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 MERLIN is a legendary figure best known as the wizard featured in the Arthurian legend. The standard depiction of the character first appears in Geoffrey of Monmouth's Historia Regum Britanniae, written c. 1136, and is based on an amalgamation of previous historical and legendary figures. Geoffrey combined existing stories of Myrddin Wyllt (Merlinus Caledonensis), a North British madman with no connection to King Arthur, with tales of the Romano-British war leader Ambrosius Aurelianus to form the composite figure he called Merlin Ambrosius (Welsh: Myrddin Emrys).

Geoffrey's rendering of the character was immediately popular; later writers expanded the account to produce a fuller image of the wizard. Merlin's traditional biography casts him as born of mortal woman, sired by an incubus, the non-human wellspring from whom he inherits his supernatural powers and abilities.[1] Merlin matures to an ascendant sagehood and engineers the birth of Arthur through magic and intrigue.[2] Later authors have Merlin serve as the king's adviser until he is bewitched and imprisoned by the Lady of the Lake.[2]
Name and etymology
Merlin advising King Arthur in Gustave Doré's illustration

The Welsh name Myrddin (Welsh pronunciation: [ˈmərðɪn]) is usually explained as deriving from a (mistaken) folk etymology of the toponym Moridunum, the Roman era name of modern Carmarthen, as referring to a person (OED).[clarification needed]

Some accounts describe two different figures named Merlin. For example, the Welsh Triads state there were three baptismal bards: Chief of Bards Taliesin, Myrddin Wyllt, and Myrddin Emrys (i.e., Merlinus Ambrosius). It is believed that these two bards called Myrddin were originally variants of the same figure. The stories of Wyllt and Emrys had become different in the earliest texts that they are treated as separate characters, even though similar incidents are ascribed to both.[citation needed]

Medievalist Gaston Paris suggested that Geoffrey chose the Latinization Merlinus rather than the regular Merdinus to avoid a resemblance to the Anglo-Norman word for "shit", merde.

The common name of Falco columbarius, "merlin" is unrelated, having lost an initial s- in Old French, originally deriving from a cognate of Old High German smerle (OED).
Geoffrey's composite Merlin is based primarily on Myrddin Wyllt, also called Merlinus Caledonensis, and Aurelius Ambrosius, a mostly fictionalized version of the historical war leader Ambrosius Aurelianus. The former had nothing to do with Arthur and flourished after the Arthurian period. According to lore he was a bard driven mad after witnessing the horrors of war, who fled civilization to become a wild man of the wood in the 6th century. Geoffrey had this individual in mind when he wrote his earliest surviving work, the Prophetiae Merlini (Prophecies of Merlin), which he claimed were the actual words of the legendary madman.

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Geoffrey's Prophetiae do not reveal much about Merlin's background. When he included the prophet in his next work, Historia Regum Britanniae, he supplemented the characterization by attributing to him stories about Aurelius Ambrosius, taken from Nennius' Historia Brittonum. According to Nennius, Ambrosius was discovered when the British king Vortigern was trying to erect a tower. The tower always collapsed before completion, and his wise men told him the only solution was to sprinkle the foundation with the blood of a child born without a father. Ambrosius was rumored to be such a child, but when brought before the king, he revealed the real reason for the tower's collapse: below the foundation was a lake containing two dragons who destroyed the tower by fighting. Geoffrey retells this story in Historia Regum Britanniæ with some embellishments, and gives the fatherless child the name of the prophetic bard, Merlin. He keeps this new figure separate from Aurelius Ambrosius, and to disguise his changing of Nennius, he simply states that Ambrosius was another name for Merlin. He goes on to add new episodes that tie Merlin into the story of King Arthur and his predecessors.

Geoffrey dealt with Merlin again in his third work, Vita Merlini. He based the Vita on stories of the original 6th-century Myrddin. Though set long after his time frame for the life of "Merlin Ambrosius", he tries to assert the characters are the same with references to King Arthur and his death as told in the Historia Regum Britanniae.

Geoffrey's account of Merlin Ambrosius' early life in the Historia Regum Britanniae is based on the story of Ambrosius in the Historia Brittonum. He adds his own embellishments to the tale, which he sets in Carmarthen, Wales (Welsh: Caerfyrddin). While Nennius' Ambrosius eventually reveals himself to be the son of a Roman consul, Geoffrey's Merlin is begotten on a king's daughter by an incubus. The story of Vortigern's tower is essentially the same; the underground dragons, one white and one red, represent the Saxons and the British, and their final battle is a portent of things to come.

At this point Geoffrey inserts a long section of Merlin's prophecies, taken from his earlier Prophetiae Merlini. He tells only two further tales of the character; in the first, Merlin creates Stonehenge as a burial place for Aurelius Ambrosius. In the second, Merlin's magic enables Uther Pendragon to enter into Tintagel in disguise and father his son Arthur with his enemy's wife, Igraine. These episodes appear in many later adaptations of Geoffrey's account. As Lewis Thorpe notes, Merlin disappears from the narrative after this; he does not tutor and advise Arthur as in later versions.

Later adaptations of the legend
Merlin, from the Nuremberg Chronicle (1493)

Several decades later the poet Robert de Boron retold this material in his poem Merlin. Only a few lines of the poem have survived, but a prose retelling became popular and was later incorporated into two other romances. In Robert's account Merlin is begotten by a devil on a virgin as an intended Antichrist. This plot is thwarted when the expectant mother informs her confessor Blaise of her predicament; they immediately baptize the boy at birth, thus freeing him from the power of Satan. The demonic legacy invests Merlin with a preternatural knowledge of the past and present, which is supplemented by God, who gives the boy a prophetic knowledge of the future.

Robert de Boron lays great emphasis on Merlin's power to shapeshift, on his joking personality and on his connection to the Holy Grail. This text introduces Merlin's master Blaise, who is pictured as writing down Merlin's deeds, explaining how they came to be known and preserved. Robert was inspired by Wace's Roman de Brut, an Anglo-Norman adaptation of Geoffrey's Historia. Robert's poem was rewritten in prose in the 12th century as the Estoire de Merlin, also called the Vulgate or Prose Merlin. It was originally attached to a cycle of prose versions of Robert's poems, which tells the story of the Holy Grail: brought from the Middle East to Britain by followers of Joseph of Arimathea, the Grail is eventually recovered by Arthur's knight Percival.

The Prose Merlin contains many instances of Merlin's shapeshifting. He appears as a woodcutter with an axe about his neck, big shoes, a torn coat, bristly hair and a large beard. He is later found in the forest of Northumberland by a follower of Uther's disguised as an ugly man and tending a great herd of beasts. He then appears first as a handsome man and then as a beautiful boy. Years later, he approaches Arthur disguised as a peasant wearing leather boots, a wool coat, a hood and a belt of knotted sheepskin. He is described as tall, black and bristly, and as seeming cruel and fierce. Finally, he appears as an old man with a long beard, short and hunchbacked, in an old torn woolen coat, who carries a club and drives a multitude of beasts before him (Loomis, 1927).

The Prose Merlin later came to serve as a sort of prequel to the vast Lancelot-Grail, also known as the Vulgate Cycle. The authors of that work expanded it with the Vulgate Suite du Merlin (Vulgate Merlin Continuation), which describes King Arthur's early adventures. The Prose Merlin was also used as a prequel to the later Post-Vulgate Cycle, the authors of which added their own continuation, the Huth Merlin or Post-Vulgate Suite du Merlin.

In the Livre d'Artus, Merlin enters Rome in the form of a huge stag with a white fore-foot. He bursts into the presence of Julius Caesar and tells the emperor that only the wild man of the woods can interpret the dream that has been troubling him. Later, he returns in the form of a black, shaggy man, barefoot with a torn coat. In another episode, he decides to do something that will be spoken of forever. Going into the forest of Brocéliande, he transforms himself into a herdsman carrying a club and wearing a wolf-skin and leggings. He is large, bent, black, lean, hairy and old, and his ears hang down to his waist. His head is as big as a buffalo's, his hair is down to his waist, he has a hump on his back, his feet and hands are backwards, he's hideous, and is over 18 feet tall. By his arts, he calls a herd of deer to come and graze around him (Loomis, 1927).

These works were adapted and translated into several other languages; the Post-Vulgate Suite was the inspiration for the early parts of Sir Thomas Malory's English language Le Morte d'Arthur. Many later medieval works also deal with the Merlin legend. The Italian The Prophecies of Merlin contains long prophecies of Merlin (mostly concerned with 13th-century Italian politics), some by his ghost after his death. The prophecies are interspersed with episodes relating Merlin's deeds and with various Arthurian adventures in which Merlin does not appear at all. The earliest English verse romance concerning Merlin is Arthour and Merlin, which drew from the chronicles and the French Lancelot-Grail.

As the Arthurian mythos was retold and embellished, Merlin's prophetic aspects were sometimes de-emphasized in favor of portraying him as a wizard and elder advisor to Arthur. On the other hand in the Lancelot-Grail it is said that Merlin was never baptized and never did any good in his life, only evil. Medieval Arthurian tales abound in inconsistencies.

In the Lancelot-Grail and later accounts Merlin's eventual downfall came from his lusting after a huntress named Niviane (or Nymue, Nimue, Niniane, Nyneue,or Viviane in some versions of the legend), who was the daughter of the king of Northumberland. In the Suite du Merlin [3], for example, Niviane is about to depart from Arthur's court, but, with some encouragement from Merlin, Arthur asks her to stay in his castle with the queen. During her stay, Merlin falls in love with her and desires her. Niviane, frightened that Merlin might take advantage of her with his spells, swears that she will never love him unless he swears to teach her all of his magic. Merlin consents, unaware that throughout the course of her lessons, Niviane will use Merlin's own powers against him, forcing him to do her bidding. [3]

When Niviane finally goes back to her country, Merlin escorts her. However, along the way, Merlin receives a vision that Arthur is in need of assistance against the schemes of Morgan le Fay. Niviane and Merlin rush back to Arthur's castle, but have to stop for the night in a stone chamber, once inhabited by two lovers. Merlin relates that when the lovers died, they were placed in a magic tomb within a room in the chamber. That night, while Merlin is asleep, Niviane, still disgusted with Merlin's desire for her, as well as his demon heritage, casts a spell over him and places him in the magic tomb so that he can never escape, thus causing his death.[3]

Merlin's death is recounted differently in other versions of the narrative, the enchanted prison variously described as a cave (in the Lancelot-Grail), a large rock (in Le Morte d'Arthur), an invisible tower. In the Prophetiae Merlini, Niviane confines him in the forest of Brocéliande with walls of air, visible as mist to others but as a beautiful tower to him (Loomis, 1927). This is unfortunate for Arthur, who has lost his greatest counselor. Another version has it that Merlin angers Arthur to the point where he beheads, cuts in half, burns, and curses Merlin.
Literature

Many parts of Arthurian fiction include Merlin as a character. Mark Twain made Merlin the villain in his 1889 novel A Connecticut Yankee in King Arthur's Court. He is presented as a complete charlatan with no real magic power, and the character seems to stand for (and to satirise) superstition, yet at the very last chapter of the book Merlin suddenly seems to have a real magic power and he puts the protagonist into a centuries-long sleep (as Merlin himself was put to sleep in the original Arthurian canon). C. S. Lewis used the figure of Merlin Ambrosius in his 1946 novel That Hideous Strength, the third book in the Space Trilogy. In it, Merlin has supposedly lain asleep for centuries to be awakened for the battle against the materialistic agents of the devil, able to consort with the angelic powers because he came from a time when sorcery was not yet a corrupt art. Lewis's character of Ransom has apparently inherited the title of Pendragon from the Arthurian tradition.

Merlin is a major character in T. H. White's collection The Once and Future King and the related The Book of Merlyn. White's Merlin is an old man living time backwards, with final goodbyes being first encounters, and first encounters being fond farewells. Mary Stewart produced a influential quintet of Arthurian novels; Merlin is the protagonist in the first three: The Crystal Cave (1970), The Hollow Hills (1970) and The Last Enchantment (1979). Merlin plays a modern-day villain in Roger Zelazny's short story The Last Defender of Camelot (1979), which won the 1980 Balrog Award for short fiction and was adapted into an episode of the television series The Twilight Zone in 1986. Additionally, the last five books in Zelazny's Chronicles of Amber star a character named Merlin, with seemingly little to do with Arthurian legend, though other references to the legend seem to hint at a connection.


Film and television

Merlin, played by Nicol Williamson, has a large role in the 1981 film Excalibur, which is roughly based on Malory's Le Morte D'Arthur. Laurence Naismith appears as Merlyn in the film version of the musical play Camelot, (based on T. H. White's The Once and Future King). In the 1963 Walt Disney animated film The Sword in the Stone (also based on White's work), Merlin is voiced by Karl Swenson. In the 1998 miniseries Merlin, the protagonist Merlin (played by actor Sam Neill) battled the pagan goddess Queen Mab.

In 2006 and 2007, the television series Stargate SG1 used Merlin and Arthurian legend as major plot points in both Season 9 and 10. Specifically, Merlin is portrayed as an Ancient whose superior knowledge of the universe is the source of many components of the legends. Also in 2007, the film The Last Legion portrayed Merlin (initially called Ambrosinus) as a druid and tutor of both the last Roman Emperor Romulus Augustus Caesar, as well as of his son Arthur. In 2008, the BBC created a television series, also called Merlin, which deviated significantly from more traditional versions of the myth, portraying Merlin as the same age as Arthur, and Nimueh as an evil sorceress dedicated to his death. Merlin, portrayed by Simon Lloyd Roberts, was the protagonist of the 2008 fantasy film Merlin and the War of the Dragons, which was based loosely on the legends of King Arthur.

 

 


Merlin l'Enchanteur

 

 



Il était une fois, en Bretagne, une jeune femme qui mit au monde un bébé si velu qu'on n'en avait jamais vu de semblable. Elle demanda aux personnes qui l'assistaient de le porter immédiatement à l'église pour qu'il reçût le baptême.

- Quel nom voulez-vous lui donner ?
- Celui de son aïeul maternel, répondit la jeune femme.

C'est ainsi que le bébé fut appelé Merlin. Or, Merlin avait pour père un diable, ce que sa maman n'osait avouer. Tout en le berçant dans ses bras, elle l'embrassait malgré sa laideur et lui dit un jour :

- Parce que je ne peux désigner ton père, mon bébé chéri, tu seras appelé : « enfant sans père » et moi, selon la loi, je vais être condamnée et mise à mort. Pourtant, je ne l'ai pas mérité...

- Tu ne mourras certainement pas à cause de ma naissance. Merlin avait alors tout juste neuf mois. La stupéfaction de sa mère en l'entendant parler fut si grande qu'elle le laissa choir. Aussitôt, l'enfant se mit à hurler, ameutant tous les voisins qui voulurent connaître la cause de ce vacarme. La mère de Merlin aurait-elle voulu par hasard le tuer ?

- Figurez-vous que Merlin parle comme une grande personne, expliquait-elle à tous ceux qui l'interrogeaient. Comme Merlin gardait la bouche close, à présent, cela rendait la chose encore plus extraordinaire et plus mystérieuse. À la fin, certaines personnes, espérant l'entendre, le rudoyèrent.

- Ah ! dirent-elles, il eût mieux valu pour ta mère que tu ne fusses jamais né.

- Taisez-vous ! cria aussitôt le nourrisson, rouge de colère. Laissez ma mère en paix. Nul ne sera assez hardi, tant que je vivrai, pour lui faire du mal ou justice, hors Dieu. Si jamais gens connurent l'ébahissement, ce fut bien ceux qui entendirent ces mots. Et tous, sans exception, s'empressèrent de colporter la nouvelle à travers le village, tant et si bien, qu'elle parvint aux oreilles du juge. Or le juge se dit : « Peut-être ferais-je bien de me débarrasser de cette affaire que j'avais oubliée et de convoquer cette mère que je dois condamner à être brûlée vive. » Au demeurant, le juge ne croyait en rien tout ce qui se racontait. Aux questions gênantes qu'il lui posa, la mère ne put que baisser la tête jusqu'à ce que Merlin, qu'elle tenait dans ses bras, éternuât bruyamment et s'écriât :

- Ce n'est pas de si tôt que vous la condamnerez, monsieur le Juge...

- Ah ! fit le magistrat qui n'en croyait pas ses oreilles. Et tu vas me dire pourquoi, j'espère...

- Certainement, répondit Merlin imperturbable, car si l'on condamnait toutes les personnes qui ne peuvent avouer le nom du père de leur enfant, il y aurait ici quantité de gens qui seraient brûlés. Je le ferais bien voir, si je voulais. Et, ajouta le poupon belliqueux, je connais mieux mon père que vous le vôtre, monsieur le Juge, ne vous en déplaise... À ces mots, le magistrat, le rouge au front, se disait : « ce garçon est extraordinaire. Non, je ne puis le tuer. »

- Qui donc est ton père ? dit-il enfin de sa voix la plus douce.

- Un de ces diables qui ont nom incubes et qui habitent l'air. De lui, j'ai la science infuse et celle des choses faites, dites, et passées. Je connais également celles qui doivent arriver...

- Les choses faites, dites et passées... répéta le juge en tremblant. Et comme il ne devait pas avoir la conscience bien tranquille, il décida de laisser la mère de Merlin en liberté. Celui-ci vécut heureux et choyé auprès d'elle jusqu'à l'âge de sept ans.

La tour croulante

Il y avait alors en Bretagne un roi qui se nommait Constant. Il mourut bientôt en laissant deux enfants en bas âge : Moine et Uter Pendragon. Or, le sénéchal du royaume, un certain Voltiger, homme féroce, plein d'ambition, et qui briguait le trône, donna l'ordre de tuer les enfants. Uter Pendragon eut la chance d'échapper à cet ordre en partant clandestinement, avec de fidèles amis, pour une ville étrangère. Et Voltiger, se croyant sûr de pouvoir agir à sa guise, ne tarda guère à se faire couronner roi de Bretagne. Mais il n'était pas digne d'une aussi haute charge. Il n'aimait que les honneurs et point du tout ses sujets. Et ses sujets le savaient bien, qui haïssaient ses petits yeux au regard méchant, et sa bouche large et mince qui ne s'ouvrait que pour blâmer et punir. Voltiger, en dépit de cette impopularité qu'il sentait grandir autour de lui, était décidé à demeurer roi coûte que coûte. Aussi voulut-il, pour se protéger, faire bâtir aux portes de la ville une tour si haute et si forte qu'elle ne pût jamais être prise. Les maçons se mirent donc à l'oeuvre, mais à peine la tour commençait-elle de s'élever de trois ou quatre toises au-dessus du sol, qu'elle s'écroula. Voltiger convoqua ses maîtres maçons et contenant à peine son mécontentement, il leur commanda d'employer la meilleure chaux et le meilleur ciment qu'ils pourraient trouver. Et gare à eux si le travail ne s'accomplissait pas correctement ! Ainsi firent-ils, vous le pensez bien. Hélas ! quand elle fut presque achevée, une seconde fois, la tour s'écroula. Puis une troisième, et une quatrième. Si bien que les châtiments tombaient drus sur les maçons et que le roi enrageait de plus en plus. Finalement, dans la crainte de ne jamais voir sa tour édifiée, Voltiger s'avisa qu'il valait mieux s'adresser aux mages et aux astronomes qu'aux maçons. Après onze jours de graves discussions, ceux-ci persuadèrent le roi que la tour ne tiendrait jamais si l'on ne mélangeait au mortier le sang d'un enfant de sept ans, né sans père.

- Que douze messagers partent immédiatement à travers la Bretagne et ramènent un enfant qui réponde à ces conditions, ordonna Voltiger.

Un beau matin, l'un de ces messagers rencontra sur sa route des jeunes garçons en train de s'amuser. Parmi eux se trouvait Merlin. Et Merlin, qui connaissait toutes choses, s'avança vers lui et dit :

- Je suis celui que tu cherches, Messager. Enfant sans père dont tu dois rapporter le sang a ton roi.

- Qui t'a dit cela ? demanda le messager interloqué. Ce garçon ne ressemblait pas tout à fait aux autres garçons. Il n'avait pas le regard rieur et naïf des jeunes enfants.

- Si tu me certifies que tu ne me feras aucun mal, j'irai avec toi et je t'expliquerai pourquoi la tour ne tient pas, poursuivait Merlin. Mais je pourrais d'abord te montrer que je sais bien d'autres choses, ajouta-t-il négligemment.

- Vraiment ? dit le messager. Allons Parle... Et il regardait Merlin avec une méfiance non déguisée.

- Eh bien, il s'agit d'une tour que le roi Voltiger voudrait bâtir, mais la tour s'écroule toujours. Alors il a réuni des mages... Du geste, le messager l'interrompit. Il se disait : « ce garçon est extraordinaire. Non, je ne puis le tuer. »

- Viens avec moi, ordonna-t-il à Merlin. Et, saisissant le bras de l'enfant, il ajouta plus doucement : n'aie pas peur. Merlin, lisant dans sa pensée, accepta volontiers de le suivre. Auparavant, il alla embrasser sa mère qu'il rassura pleinement. Tout au long du chemin, le messager acquit la conviction que Merlin était l'être le plus prodigieux qui eût jamais foulé le sol breton et qu'il se devait, en conséquence, de le maintenir en vie. Seulement, quand il arriva à quelques kilomètres du palais, il se demanda comment il s'y prendrait avec Voltiger. Merlin aurait-il une idée ?

 

Dis au roi la vérité, répondit Merlin. Donne-lui l'assurance que je lui expliquerai pourquoi il ne parvient pas à bâtir sa tour. Ainsi fit le messager, si bien que le roi, intrigué au plus haut point, manda Merlin, lequel prononça alors ces mots :

- Sous les fondations de la tour, habitent deux dragons. L'un est rouge et l'autre est blanc. Quand le poids de la tour devient trop pesant pour eux, ils éprouvent le besoin de se retourner. C'est à ce moment que les murs s'écroulent.

- Dans ce cas, il ne reste qu'une chose à faire, dit le roi, creuser le sol. Et aussitôt des ouvriers se mirent au travail. Dès qu'ils atteignirent la base des fondations, ils trouvèrent deux énormes dalles qu'ils soulevèrent. Merlin avait raison : deux dragons en sortirent qui se jetèrent sauvagement l'un contre l'autre. Stupéfaits, intrigués, Voltiger, sa cour et tous les ouvriers suivirent la bataille, qui dura deux jours. Le dragon rouge parut d'abord avoir le dessus, mais le blanc, plus agile parce que plus jeune, finit par le tuer.


Cependant, son triomphe fut bref, car il se coucha et mourut à son tour. S'adressant à Voltiger, Merlin lui dit :

- Maintenant, tu peux faire édifier une tour. Voltiger hocha la tête. Après un temps de réflexion, il demanda :

- Saurais-tu me dire ce que signifie la bataille des deux dragons ? Merlin sourit :

- Promets-moi d'abord de ne point me malmener pour t'avoir dit la vérité.

- Je te le promets.

- Alors, écoute bien : le dragon rouge, c'est toi, Voltiger, le dragon blanc, c'est Uter Pendragon. Dans quelques jours, vous entrerez en lutte : toi pour garder, lui pour reconquérir son royaume usurpé. Et le dragon blanc sera vainqueur du dragon rouge. À ces mots, le roi pâlit. Uter Pendragon était-il donc encore un vivant avec lequel il fallait compter ? Le coeur lourd d'angoisse, il décida par prudence d'envoyer une armée à Wenchester. Pouvait-il se douter que lorsque ses gens verraient luire au soleil les bannières d'Uter Pendragon sur le bateau qui l'amenait de Petite Bretagne au-devant de cette armée menaçante, ils le reconnaîtraient aussitôt pour leur roi légitime ?

C'est ce qui arriva pourtant et Voltiger, abandonné de ses soldats et de ses amis, n'eut que le temps de s'enfuir dans un de ses châteaux forts. Il y demeura quelques jours en proie à la peur, puis, ainsi que l'avait prédit Merlin, il mourut pendant l'assaut qu'Uter Pendragon donna à la forteresse.

Jeux de Merlin

Il advint qu'Uter Pendragon, devenu roi de Grande-Bretagne entendit parler de l'extraordinaire Merlin, qui non seulement connaissait toutes choses, mais possédait encore de singuliers pouvoirs. Le roi décida donc de le faire vivre à sa cour, et envoya des messagers à sa recherche, sachant qu'il se cachait dans la forêt de Northumberland.

Un jour que l'un de ces messagers parcourait cette forêt épaisse et toute bruissante du murmure des feuilles, il aperçut, vêtu d'un bliaud élimé, les cheveux hirsutes, la barbe longue, et portant sur 1'épaule la cognée des bûcherons, un homme très maigre qui l'aborda en ces termes :

- Beau Sire, vous ne faites guère, me semble-t-il, la besogne dont vous a chargé votre seigneur...

Amusé autant que déconcerté par cette remarque, l'enquêteur s'arrêta et, d'un ton de plaisanterie, demanda au bûcheron de quoi il se mêlait. Sans répondre directement à la question, celui-ci déclara :

- Si je cherchais Merlin, il y a belle lurette que je l'aurais trouvé ! Cependant, il m'a recommandé de vous dire qu'il se rendra au palais si le roi en personne vient le quérir en cette forêt. Ce qui eut pour résultat de faire ouvrir des yeux tout ronds de stupéfaction à l'enquêteur.

- Merlin ! répétait-il. Tu connais donc Merlin... ? Le bûcheron hocha la tête, puis il disparut dans un fourré après une pantomime compliquée autant qu'intraduisible. Quand le roi Uter Pendragon apprit la chose, il n'hésita pas une seconde :

- Je pars au-devant de Merlin, dit-il. Et c'est ainsi que le roi et ses gens chevauchaient, un beau matin d'automne, à travers feuilles et buissons odorants et jaunis. Parvenus a une clairière, ils virent un troupeau de moutons, puis le jeune berger qui les gardait. Ils l'interrogèrent.

- Connaîtrais-tu Merlin, par hasard ?

- Certes, répondit le berger.

- Tu es son ami ?

- J'attends un roi et si ce roi venait, je saurais bien le mener à Merlin.

- Eh bien, conduis-nous à lui... Comme le berger se grattait la tête et paraissait hésiter, Uter Pendragon s'avança et se nomma.

- Je suis le roi lui-même, dit-il.

- Et moi je suis Merlin, dit le berger.

Les compagnons du roi poussèrent des cris d'indignation. Quoi ! Ce berger presque contrefait se prendre pour... Mais ils n'eurent pas le temps de terminer leur phrase : à la place du berger apparut le jeune enfant qui avait expliqué à Voltiger devant tous ses courtisans ce que signifiait la bataille des deux dragons. Alors, le roi et ses compagnons, fort impressionnés, le saluèrent et l'entourèrent.

C'est ainsi qu'on apprit, pour la première fois, en Grande-Bretagne, que Merlin possédait le pouvoir de se transformer à sa guise et de prendre l'apparence d'un autre. Cependant, Uter Pendragon eut beau lui promettre monts et merveilles, Merlin refusa de vivre à sa cour. Comme c'était un sage, il se contenta de remercier le roi et de l'assurer de son aide, préférant laisser aller les choses et ne point donner aux courtisans des sujets de jalousie, ce dont il eût été le premier à pâtir. Le roi s'inclina, mais dès qu'un problème se posait, qu'une question restait sans réponse, il appelait Merlin qui accourait.

Stonehenge

Ce fut ainsi que grâce à lui, Uter Pendragon put vaincre des ennemis redoutables, les Saines, et grâce à son pouvoir d'enchanteur, donner aux soldats morts, près de Salisbury, un cimetière aux pierres tombales venues d'Islande, si longues et si lourdes que nul homme n'aurait pu les soulever, même avec un engin. Et tant que le monde durera, ces pierres seront là...

La duchesse de Tintagel

Uter Pendragon était maintenant fort et puissant ; cependant, au milieu de ses soldats, il lui arrivait de s'ennuyer. Il songeait alors à la présence d'une reine auprès de lui, mais aucune femme ne lui paraissait assez belle ni assez sage pour lui plaire. Un jour, pourtant, il décida de rassembler pour une grande fête, dans son château de Carduel, au Pays de Galles, les seigneurs des environs, avec les dames et demoiselles. Il vint beaucoup d'invités, et parmi eux, Ygerne, l'épouse du duc Hoel de Tintagel. Dès que le roi la vit, il en tomba amoureux. Mais il n'y avait place, dans le coeur de la belle Ygerne, que pour son mari, en dépit des amabilités de toutes sortes que lui prodigua son suzerain. Convaincu qu'il ne pourrait jamais la conquérir, Uter Pendragon en éprouva un si profond chagrin qu'il en serait peut-être mort, si Merlin... Oui, si Merlin l'enchanteur n'était accouru à son secours.

- Que faire ? Que faire ? gémissait le roi.

- Sire, pourriez-vous me promettre un don... ?

- Je n'ai rien à te refuser, Merlin... Merlin souriait.

Le roi songeait déjà, à son intention, à quelque récompense, mais à sa grande surprise, Merlin fit simplement préparer les chevaux.

- Voudrais-tu voyager ? demanda le roi.

- Nous allons partir tout de suite pour Tintagel, répondit Merlin. Peu avant d'arriver au château, Merlin descendit de son palefroi et cueillit une touffe d'herbe au bord du ruisseau. Puis, la donnant au roi :

- Il serait bon, sire, que vous vous en frottiez la figure, dit-il. Se demandant ce qui allait bien lui arriver, le roi se hâta d'obéir et aussitôt, il prit la taille et les traits du duc Hoel de Tintagel. Quand il se regarda dans le ruisseau, il n'en croyait pas ses yeux. À la porte du château, les guetteurs n'éprouvèrent aucun doute, et le firent entrer, le reconnaissant pour leur maître. Il était tard et la nuit ne se parait ni de lune ni d'étoiles. Qui fut encore trompée par les apparences et accueillit Uter Pendragon en croyant recevoir son époux ? Ygerne, bien sûr, pour le plus grand bonheur du roi. Hélas ! la semaine n'était pas terminée, qu'Ygerne apprenait que son mari avait été tué au cours d'un combat la nuit même où elle l'avait cru de retour. Jugez de son désarroi. La pauvre duchesse de Tintagel pleura toutes les larmes de son corps.
     Tintagel

Cependant, Uter Pendragon l'aimait toujours et même davantage. Il s'empressa donc de solliciter sa main. Désemparée et libre désormais, Ygerne la lui accorda. Mais, honnêtement, elle tint à ce que le roi sache ce qui lui était advenu, certaine nuit très sombre, comment elle avait cru voir son mari. Le roi hocha la tête et sourit mystérieusement.

- Ce n'est pas tout, dit Ygerne.

- Quoi donc, ma belle amie ? Et Ygerne avoua qu'elle serait bientôt mère. Alors le roi soupira et dit doucement :

- Il ne faut en parler à personne. Quand votre enfant sera né, nous le confierons à quelqu'un qui s'en occupera. Ce fut alors que Merlin rappela au roi la promesse qu'il lui avait faite, et sollicita, en guise de don, le nouveau-né.

- C'est entendu, dit Uter Pendragon, cet enfant est tien. Et Merlin le remit à l'un des plus honnêtes chevaliers du royaume, Antor, qui le fît baptiser sous le nom d'Artus et qui l'éleva en compagnie de son propre fils que l'on appelait Keu. Personne, sauf Merlin, ne se doutait du fabuleux destin qui attendait Artus.

La pierre merveilleuse

Seize années s'écoulèrent. Uter Pendragon mourut, deux ans après Ygerne. Comme il n'avait point d'héritier direct, les barons du royaume trouvèrent une solution très simple : demander à Merlin de leur en désigner un.

- Attendez le jour de Noël, répondit Merlin.

Merlin et la pierre  
Donc, la veille de Noël, les barons se réunirent à Londres et parmi eux se trouvait Antor avec Keu et Artus, ses deux enfants dont il ne savait à présent lequel il préférait. En procession, ils allèrent tous à la messe de minuit, puis, selon la coutume, à la messe du jour. Quand ils sortirent de 1'église, ils entendirent des cris, tout un brouhaha et ils demandèrent ce qui se passait d'extraordinaire. On leur montra une grosse pierre au milieu de la place, venue on ne sait d'où, qui ne ressemblait à rien, avec à son sommet une enclume de fer dans laquelle une épée se trouvait fichée jusqu'à la garde. Vous pensez si les langues allaient bon train. Chacun cherchait une explication à ce phénomène.

- Cela vient du ciel, disaient les uns.

- Du ciel ou de l'enfer, répliquaient les autres.


- D'où qu'elle soit, il nous faut bénir cette pierre, dit l'évêque. Tout en s'apprêtant à accomplir ce geste pieux, il se baissa et fronça les sourcils : ce qu'il venait de découvrir le laissa quelques secondes sans voix. Puis il lut clairement, de telle façon qu'ils fussent entendus de tous, ces mots inscrits en lettres d'or sur la pierre : Celui qui ôtera cette épée sera le roi.

Il y eut alors une véritable bousculade. Tous les barons, puissants et hauts seigneurs, se précipitèrent pour lire à leur tour ces mots magiques et certains voulurent tirer au sort pour décider qui en ferait les premiers l'essai. Une querelle s'ensuivit et l'on entendait déjà le cliquetis des armes, quand l'évêque intervint en choisissant lui-même deux cent cinquante chevaliers pour tenter l'aventure. Or, pas un, malgré beaucoup de force, d'adresse et de bonne volonté, non, pas un ne parvint à faire bouger l'épée. Qui en fut amusé ? Keu et Artus, ces deux grands adolescents de seize ans qui observaient la scène d'un oeil critique. Estimant qu'eux aussi avaient droit à cette étrange « course à l'épée », la prenant comme un jeu, ils s'approchèrent de la pierre fabuleuse. Artus dit :

- Voyons si je pourrai... Mais avant qu'il eût achevé sa phrase, il tirait 1'épée par la poignée et la montrait à Keu et à Antor médusés.

- Beau fils, est-ce toi qui serais désigné... ? murmurait Antor.
 


Déjà des barons accouraient, déjà des protestations véhémentes s'élevaient. Avait-on jamais vu un homme de naissance obscure devenir roi de Bretagne ? Il fallut, une fois encore, l'intervention de l'évêque pour

calmer les esprits.

- Or ça, Messieurs, que diriez-vous de la Chandeleur pour recommencer l'expérience ? fit le prélat. La proposition fut adoptée, et, avec quelle impatience, tous attendirent la Chandeleur. Quand ils purent de nouveau tenter leur chance, il n'y en eut aucun qui ne montra joyeux visage. Seul Artus tira, avec autant de facilité que si elle avait été enfoncée dans une motte de beurre, la fameuse épée... Pouvait-on imaginer, dès lors, qu'il n'était pas l'élu de Dieu ? Artus fut donc sacré roi de Bretagne et la pierre merveilleuse disparut. Cependant, à cette lointaine époque comme aujourd'hui, l'unanimité n'était pas facile à faire. Et des esprits chagrins contestèrent la légitimité du roi Artus. Voilà pourquoi onze des plus puissants barons s'assemblèrent bientôt ; ils décidèrent alors de lui déclarer la guerre. Déterminés à vaincre ou à mourir, ils firent le siège du château de Kerléon où Artus s'était enfermé. Ils allaient lancer un dernier assaut contre la forteresse, quand Merlin intervint, les regardant de travers comme quelqu'un qui est très mécontent. Du haut d'une tour, il leur expliqua qu'Artus n'était pas le fils d'Antor, ni le frère de Keu, mais qu'il appartenait, par sa naissance, à un rang beaucoup plus élevé qu'aucun d'entre eux... Et pour confirmer ce qu'il avançait, il leur conta l'histoire d'Uter Pendragon et d'Ygerne. Allez donc convaincre des barons bretons ! Ceux-ci s'entêtèrent à déclarer qu'ils ne voulaient pas d'Artus pour roi, car c'était un bâtard.

Merlin, qui les voyait réunissant déjà leurs bannières pour reprendre le combat, fit alors un grand geste, jetant ainsi un enchantement. Instantanément, toutes les tentes des barons rebelles se mirent à flamber. L'incendie crépitait pendant que dans une terrible mêlée, les gens d'Artus et les gens des barons luttaient et s'entretuaient. Artus eut sa lance rompue. Et quoiqu'il fût assez mal en point, il tira aussitôt son épée, celle qu'il avait arrachée à la pierre merveilleuse. Elle portait un nom : Escalibor, ce qui signifie en hébreu « tranche fer et acier », et elle jetait autant de clarté que deux gros cierges allumés. Tout ragaillardi, Artus s'élança de nouveau dans le combat et tailla en pièces l'armée des rebelles, aidé de Keu devenu son sénéchal, d'Antor, et de beaucoup d'autres de ses fidèles, si bien qu'à la fin de la journée, les barons avaient fui, si honteux que plus ne se peut, laissant armes et vaisselles d'or et d'argent sur le terrain.

Départ pour la Carmélide

Quand le roi Artus constata les grands pouvoirs de Merlin, songeant qu'il ne pouvait se passer d'un aussi précieux concours, il l'invita à venir vivre à la cour, laquelle se tenait alors à Londres. Merlin lui conseilla de faire don, en quantité, de vêtements, d'argent et de chevaux, et d'armer nombre de nouveaux chevaliers. Artus se rendit à cet avis et ainsi se gagna les coeurs. Tous acquirent alors la conviction qu'ils ne pouvaient vivre ailleurs. Un jour, Merlin, qui connaissait l'avenir, dit a Artus :

- Sire, le moment est venu de vous engager comme simple chevalier au service du roi Léodagan de Carmélide. Vous en tirerez grand avantage. Il se garda bien d'en dire plus, bien que le roi poussât de grands cris. Quoi ! Laisser sa terre pour prêter main-forte au vieillard qu'était Léodagan, lequel avait maille à partir avec de redoutables voisins... Merlin n'y pensait pas. Or, Merlin s'obstina.

- Partez, Sire, sans tant vous inquiéter, et vous verrez ce qui arrivera. Cependant... Il s'interrompit, se lissa la barbe, et lorsque Artus lui eut demandé de poursuivre, il dit :

- Cependant, emmenez donc avec vous le roi Ban de Bénoïc et le roi Bohor de Gannes, qui sont du reste en route, à cette heure, pour vous rendre hommage. Ces deux frères, rois de Petite Bretagne, ont toutes les qualités de chevaliers. Artus fut sage et vit bien que son intérêt était de faire ce que lui conseillait Merlin. Aussi se réjouit-il de la visite des deux rois et il annonça qu'il allait immédiatement donner des ordres pour qu'il y eût en leur honneur fêtes et tournois. Merlin, cependant, soupira.

- Eh bien, dit Artus, ne dois-je point faire tendre de soieries et de tapisseries, et joncher d'herbe et de fleurs les rues de Londres?

- Certes, répondit Merlin. Il vous sied de recevoir magnifiquement. Et je gage qu'il ne manquera à votre accueil qu'une reine... Artus ne dit mot, se demandant vaguement pourquoi Merlin regrettait aujourd'hui l'absence d'une reine, et s'il était vraiment urgent d'en donner une au royaume de Bretagne. Quelques semaines plus tard, quarante preux, parmi lesquels se trouvaient Artus, Ban de Bénoïc et Bohor de Gannes, parvenaient en Carmélide et se présentaient, en se tenant par la main, au roi Léodagan, qu'ils saluèrent l'un après l'autre. Le roi Ban, qui était le plus éloquent et le plus bavard de tous, dit à Léodagan que ses compagnons et lui-même lui offraient leur service, mais à une condition.

- Messire, fit Léodagan intrigué, quelle est cette condition ?

Alors Ban lui demanda de promettre de ne jamais chercher à savoir leurs noms véritables. Comme c'était là coutume assez courante, Léodagan s'inclina. Bientôt, les guetteurs donnaient le signal, apercevant au loin les premiers coureurs ennemis et la fumée des incendies. Il y eut grand branle-bas de combat. Artus et ses compagnons s'assemblèrent sous la bannière de Merlin, où un petit dragon à longue queue et une tortue semblaient lancer des flammes. La bataille fut violente, les assaillants paraissant décidés à tout mettre en oeuvre pour obtenir la victoire : et les lances se heurtèrent et les épées frappèrent les heaumes et les écus, dans un tel tintamarre que le tonnerre n'eût pu se faire entendre. Or, il advint que les gens de Léodagan furent, un moment, en mauvaise position, enfoncés par les gens du redoutable roi Claudias de la Déserte. Léodagan fut même renversé de son cheval et pris par ses ennemis. Merlin le sut dans le même instant.

- À moi, francs Chevaliers ! s'écria-t-il en apparaissant sur le champ de bataille et en levant son enseigne flamboyante. Artus et ses compagnons, qui luttaient avec rage, arrivèrent aussitôt au grand galop.

- On verra qui preux sera ! cria encore Merlin.

Puis il donna un coup de sifflet, et un vent impétueux se leva qui fit tourbillonner un immense nuage de poussière derrière lequel nos quarante compagnons, lâchant le frein et piquant des deux, coururent sus aux ennemis aveuglés. Ceux-ci abandonnèrent le roi Léodagan sur le champ de bataille, et, têtes baissées, sous une grêle de traits, s'enfuirent à toutes jambes. Les gens de Léodagan s'empressèrent alors de lui donner un cheval et de nouvelles armes, puis tous repartirent à bride abattue derrière leur porte-enseigne. À ce moment, le dragon de l'enseigne de Merlin se mit à vomir des brandons enflammés, si bien que tout s'embrasa et que les derniers résistants lâchèrent pied. Seul un géant, le duc Frolle, eut encore le courage de prendre à deux mains sa masse de cuivre, si lourde que peu d'hommes eussent pu la soulever, et se mit à en asséner des coups autour de lui.

Artus s'élança à sa poursuite, son épée Escalibor à la main. Frolle tira la sienne ; elle avait nom Marmiadoise. Dès qu'elle jaillit hors du fourreau, si grande était la clarté qu'elle répandait, que le champ de bataille en fut illuminé et qu'Artus fit un pas en arrière.

- Sire chevalier, dit alors le géant, je ne sais qui tu es, mais pour ta bravoure, je te ferai grâce. Rentre ton arme et je te laisserai aller. À ces mots, le roi Artus sentit le rouge de la honte lui monter au visage.

- C'est à toi de mettre bas cette épée, dit-il, et sache que le fils d'Uter Pendragon ne recule pas devant la mort.

- Serais-tu donc le roi Artus ? Et aussitôt le géant se jeta sur lui, mais Artus sut adroitement 1'éviter et se défendit grâce à Escalibor ; il lui en donna un si grand coup sur le bras que Frolle laissa choir son épée. Étourdi, il fut emporté par son cheval dans la forêt immense. Quand la nuit s'installa, le calme régnait. Les rois Ban et Bohor demandèrent à Artus s'il n'avait point trop de mal.

- J'ai réussi au-delà de toute espérance, dit-il. C'est ainsi qu'en plus de mon épée Escalibor, qui a fait merveille, j'ai pu ramasser Marmiadoise, 1'épée du géant Frolle, qui étincelle comme un diamant dans l'ombre.

 

 

 


Guenièvre de Carmélide

Guenièvre

Déjà les tables étaient mises pour le repas quand arrivèrent au palais de Léodagan nos trois rois et Merlin. Léodagan, les attendant, s'était appuyé à une fenêtre. Et dès qu'il les vit venir, il alla à leur devant et leur fit fête. On leur prit leurs chevaux, on les désarma, et on les conduisit par la main dans une salle richement ornée où une demoiselle d'une grande beauté leur présenta l'eau chaude dans un bassin d'argent. C'était la fille de Léodagan, Guenièvre, et on ne pouvait alors trouver plus belle personne en Bretagne. De sa main, elle leur lava le visage et le cou, qu'ils avaient couverts de poussière du champ de bataille, et elle leur passa à chacun un fort élégant manteau.

Dès l'instant où Artus en fut revêtu, il plut à Guenièvre, qui ne fut pas longue à comprendre que lui aussi l'observait à la dérobée, avec un intérêt mêlé d'admiration. Ses grands yeux bleus pétillèrent alors de gaieté, ce qui la rendit encore plus attrayante, si la chose se pouvait. Léodagan conduisit ses hôtes à table, et il remarqua qu'Artus prenait place entre Bohor et Ban. Ignorant, d'après leurs conventions, qui ils étaient, il supposa qu'Artus était le seigneur des deux autres. « Plût à Dieu qu'il épousât ma fille, c'est un parfait chevalier et un homme de haut rang », songea-t-il. Cependant, Guenièvre offrait le vin à Artus dans la coupe du roi, agenouillée devant lui, et il la trouva si belle qu'il en oubliait de boire et de manger. Il se tourna légèrement pour que ses voisins ne vissent point son émoi, mais Guenièvre, elle, s'en aperçut très bien.

- Messire, buvez, lui dit-elle, et ne m'en veuillez pas si je ne vous appelle point par votre nom, car je l'ignore. Ne soyez pas distrait à table, ne l'étant point aux armes, comme nous avons pu le constater aujourd'hui. Alors, il prit la coupe et but. Les nappes ôtées, Ban vint s'asseoir à côté de Léodagan. Et lui qui aimait tant discourir, il lui fit maints compliments de Guenièvre.

- Sire, lui dit-il encore, il arrive un moment où il nous faut songer à l'avenir. Or, vous n'avez pas d'autre enfant qui puisse hériter de vos terres. N'est-ce point imprudent de ne pas la marier ?

- Il y a sept ans que le roi Claudius de la Déserte me fait la guerre, répondit Leodagan en soupirant. Et je n'ai pas trouvé le temps de penser à ma fille. Mais s'il se présentait quelque gentilhomme qui puisse me défendre, je la lui donnerais volontiers et il aura ma terre après moi, je ne regarderai ni au lignage ni au rang. En entendant ces propos, une lueur de malice passa dans les yeux de Merlin, qui émit un petit grognement amusé. Puis, ayant accompli sa mission, il partit.

Viviane

En ce temps-là, il y avait au coeur de l'Armorique une vaste forêt qui allait de Fougères à Quentin, de Corlay à Camors, et de Faouët à Redon. C'était la forêt de Brocéliande. Le vent y jouait constamment et les arbres s'inclinaient en des révérences sans fin, sur une étendue qui mesurait bien trente lieues de longueur et vingt de largeur. À travers cette forêt erraient des créatures extraordinaires comme fées et sylphes.

 

Il y avait Dyonas, qui était filleul de Diane, la déesse des bois, et dont la fille, Viviane, rôdait jour et nuit parmi les arbres et s'amusait avec les papillons. Un jour qu'elle se trouvait assise près d'une source où les korrigans et les fées venaient habituellement se mirer, elle vit passer un très beau jeune homme, haut de taille et brun de cheveux, qui allait à pas de promenade, fredonnant pour lui-même. Arrivé près d'elle, il s'arrêta, s'appuyant sur une branche, et la salua, mais sans ajouter un mot de plus. C'était Merlin, qui sentait battre si fort son coeur devant la grande beauté de cette jeune fille, qu'il redoutait de perdre sa liberté d'esprit.

Eh ! oui, Merlin savait qu'il venait de rencontrer Viviane, il savait qu'il était désigné pour l'aimer et être aimé d'elle, et qu'il lui serait soumis entièrement dès qu'ils se seraient entretenus tous deux. Or, Viviane, comme toute femme, était curieuse, et elle lui demanda :

- Qui êtes-vous, beau Sire ?

- Je suis un valet errant qui cherche le maître qui m'apprenne mon métier.

- Peut-on savoir quel métier ?

Merlin s'assit au bord de la source, prenant place près de Viviane et répondit :

- Par exemple, à soulever un château fort, fût-il assiégé par des soldats.

- Ou bien à marcher sur un étang sans se mouiller les pieds, ou bien encore à faire naître une rivière et beaucoup d'autres choses... Viviane battit des mains :

- Quel beau métier !

Ah ! je voudrais vous voir à l'oeuvre. Je serais alors votre amie, en tout bien tout honneur, ajouta-t-elle, coquette. À ces mots s"augmenta 1'émoi de Merlin, qui accepta de lui montrer une partie de ses jeux et de ses talents. Il y mit pourtant une condition :

- Que j'aie votre amour, sans vous demander plus.

Viviane jura qu'elle y consentait. Alors, avec la branche sur laquelle il s'appuyait, Merlin traça un cercle sur le sol. Ce geste étonna Viviane ; elle promenait ses yeux autour d'elle et ne voyait rien d'extraordinaire, mais, quelques secondes plus tard, surgirent de belles dames et de beaux messieurs qui faisaient une grande ronde et chantaient joyeusement. Certains se mirent à danser sous les arbres soudainement chargés de fruits, tandis qu'au loin se profilait un château devant lequel s'étendait une pelouse avec de grands parterres de fleurs. On eût dit que Merlin avait fait naître le paradis. Fascinée, Viviane observait lentement toutes choses, s'arrêtant devant les danseurs, tentant de fredonner leurs refrains.

- Que vous en semble ? dit Merlin. Etes-vous toujours preste à tenir votre serment ?

- Certes, Messire, et de coeur je vous appartiens. Mais vous ne m'avez encore rien appris...

- Je le ferai un jour, c'est promis. Dès que la lune brilla, les belles dames et leurs cavaliers disparurent, ainsi que le château, seul demeura le verger, à la prière de Viviane, qui le nomma « Repaire de joie et de liesse ».

- Maintenant, dit Merlin, je dois partir.

- Êtes-vous donc si pressé de me quitter ? Et sans m'avoir rien enseigné encore...

- Il faut du temps, gentille Damoiselle... Mais Viviane voulait connaître tout de suite le secret de Merlin : elle était prête à demeurer là toute la nuit et même à consentir à tout ce que Merlin exigerait, quand elle saurait comment on accomplissait de tels prodiges. Alors Merlin lui expliqua la manière de faire couler une rivière où il lui plairait. Viviane contemplait cette eau merveilleuse avec extase, après avoir écrit la recette sur un parchemin. À peine s'aperçut-elle que Merlin la saluait en lui promettant de revenir bientôt.

Fiançailles d'Artus

Merlin s'en retourna en Carmélide, où le roi Léodagan l'accueillit avec joie. Mais il se demandait toujours qui pouvaient bien être ceux qui l'avaient si courageusement aidé à vaincre ses ennemis. Le seul moyen de faire taire sa légitime curiosité était, lui semblait-il, de poser la question à Merlin. Ce qu'il fit un beau jour.

- Sire, répondit Merlin, en désignant Artus, sachez que ce jeune homme est de plus haut rang que vous-même, qui êtes un roi couronné.

Nous allons de par le monde pour le mieux connaître et en espérant trouver une épouse digne de ce jeune homme... Vous vous doutez bien que Léodagan songea immédiatement à lui offrir sa fille, la plus belle et la plus sage qui fût... Comme Merlin l'assurait qu'elle serait acceptée de bon coeur, il la fit quérir à l'instant même. Quand Guenièvre fut là, il manda tous les chevaliers qui étaient au palais et dit, en mettant la main de la jeune fille dans celle d'Artus :

- Messire, dont j'ignore encore le nom, recevez ma fille pour femme avec tout ce qu'elle aura d'honneurs et de biens après ma mort.

Artus, radieux, s'inclina. Merlin révéla alors le nom des quarante preux, tous fïls de roi et de reine, qui avaient accompagné Artus, roi de Bretagne, celui-là même qui venait de se fiancer. À cette nouvelle, la joie de Léodagan et des assistants fut immense, et tous firent hommage au roi Artus. Cependant, quelques jours après, Artus annonça qu'il se voyait dans l'obligation de s'éloigner quelque temps, car il lui restait encore des ennemis à vaincre.

Alors, Guenièvre lui donna un heaume pour se couvrir la tête, et il partit à cheval, suivi de ses quarante compagnons.

Artus et les chevaliers

Après avoir chevauché quelques heures, ils éprouvèrent le désir de se reposer. On était au printemps. La beauté du ciel, le chant des oiseaux, la fraîcheur de la verdure naissante les plongèrent dans une douce rêverie. Ils n'en sortirent que pour s'apercevoir que quatorze jeunes gens, tous beaux et bien vêtus, les regardaient. Ces jeunes gens demandèrent où était le roi Artus. Aussitôt désigné, le roi les vit s'agenouiller devant lui pour lui dire qu'ils désiraient tous recevoir de lui l'ordre de la chevalerie, afin de le servir loyalement et fidèlement. Déjà, durant son absence, ils avaient défendu ses terres contre de terribles agresseurs. L'air noble des jeunes gens, cette prévenance en sa faveur, inclinèrent Artus à demander qui ils étaient. Celui qui les conduisait se présenta d'abord : c'était Gauvain, fils du roi d'Orcanie. Puis il nomma ses compagnons. Artus leur fit le meilleur accueil et embrassa Gauvain, qui se trouvait être son neveu.

- Je vous octroie la charge de connétable, lui dit-il.

Et il l'investit par son gant gauche. Quelques jours après, ils arrivèrent tous à Logres. Et là, le roi Artus prit Escalibor, la bonne épée, et la pendit au flanc gauche de Gauvain, puis il lui chaussa 1'éperon droit, tandis que le roi Ban lui bouclait le gauche, les éperons d'or étant le signe distinctif des chevaliers. Enfin, il lui donna l'accolade. Il adouba de même, c'est-à-dire revêtit d'une armure ses compagnons, et leur distribua des épées. Seul l'un d'eux, Sagremor, neveu de l'Empereur de Constantinople, ne voulut point d'autre épée que celle de son pays. Puis, chacun des nouveaux chevaliers adouba à son tour les gens de sa maison. Et pour finir, ils allèrent tous ouïr la messe. Au retour, Merlin, devant le roi, les seigneurs et les nouveaux chevaliers assemblés, leur conta l'histoire du Graal. Pour finir, il dit, s'adressant à Artus :

- Sire, il vous appartiendra à présent de dresser la table du Graal, d'où il adviendra quantité de merveilles.

- La table sera dressée au château de Carduel, en Galles, répondit Artus et le jour de Noël, j'élirai les chevaliers qui auront droit d'y siéger.

Merlin et Viviane

Une seconde fois, Merlin s'en alla rejoindre Viviane, ainsi qu'il le lui avait promis. Vous devez croire qu'il avait grand désir de s'y rendre très vite. Pourtant, il fit un détour au royaume de Bénoïc, en Petite Bretagne, puis au royaume de Gannes, où il conta ce qui s'était passé en Carmélide. Et sachant toutes choses, il demanda aux rois de ces pays de prendre la mer avec des soldats afin d'aider Artus à chasser les Saines du royaume de Logres. Alors, satisfait de leur réponse, il s'en fut donc en forêt de Brocéliande. Quand Viviane l'aperçut, elle courut à lui, et tous deux éprouvèrent une grande joie à se retrouver. Sans plus tarder, Viviane voulut connaître de nouveaux jeux.

- Beau Sire, lui dit-elle, dites-moi comment je pourrais faire dormir un homme aussi longtemps qu'il me plairait...

Elle se garda bien de lui révéler pour qui elle désirait cette science, car elle croyait que Merlin ne la lui aurait pas enseignée. Mais Merlin lisait dans sa pensée. Et il savait qu'elle invoquait une fausse raison quand elle ajouta :

- J'aimerais endormir mon père Dyonas, et ma mère, quand vous viendrez me voir, pour être tout à fait libre.

Merlin refusa.

Viviane n'en parut que peu contrariée. Déjà, elle était sûre d'elle-même et de son pouvoir sur Merlin, et, quand arriva le dernier jour, ainsi qu'elle le prévoyait, Merlin céda. Ils se trouvaient alors tous deux dans le verger nommé « Repaire de joie et de liesse », et Merlin lui apprit non seulement ce qu'elle désirait, mais beaucoup d'autres choses encore, par exemple trois mots qu'elle prit par écrit et qui avaient cette vertu de l'empêcher d'appartenir à un homme lorsqu'elle les portait sur elle. Merlin se munissait ainsi contre lui-même, mais il se savait si amoureux de Viviane qu'il lui céderait toujours. Alors qu'il s'en revenait à Logres, il prit l'aspect d'un vieillard affublé d'un costume démodé, mais pimpant. Or, le jour était extrêmement beau, et Gauvain, dans le dessein d'en profiter, avait demandé son cheval et avait pris le chemin de la forêt. C'est ainsi qu'il rencontra Merlin monté sur un palefroi blanc. Celui-ci l'aborda et le ramena à la réalité :

- Messire Gauvain, lui dit-il, si tu m'en croyais, tu laisserais là promenade et rêverie, car il vaudrait mieux pour ton honneur faire la guerre aux ennemis de ton roi.

Gauvain éberlué, allait répondre, mais Merlin avait déjà disparu.

 

 

 


La guerre aux Saines


C'est qu'en effet l'instant était grave. Les Saines, redoutables guerriers, plus nombreux que les flots de la mer, assiégeaient alors la ville de Clarence. Or, un jour où le ciel était couleur de plomb, enveloppé de brume, les Saines furent réveillés par une multitude de lances qui, telle des bêtes sauvages, se jetèrent avec fureur sur leurs tentes, abattant les mâts, renversant les pavillons et massacrant tout ce qui se trouvait sur leur passage.


L'armée des chevaliers, qui avait pour enseigne la bannière blanche à croix rouge, avançait ainsi inexorablement, chassant les Saines, qui tentaient vainement de se rallier au son de leurs cornes et de leurs buccins. Gauvain tua le roi Ysore et lui prit son cheval, le «gringalet», qui pouvait courir dix lieues sans connaître la fatigue. Les rois Artus, Ban et Bohor, et combien d'autres, firent merveille. Merlin jeta des enchantements, si bien que les Saines cédèrent et s'enfuirent de toute la vitesse de leurs chevaux, s'embarquant sur des bateaux pour une destination inconnue. Alors Artus partagea entre les chevaliers le riche butin laissé par l'ennemi, puis il fit duc de Clarence, Gasselin, l'un de ses chevaliers. Et il y eut cinq jours de grande liesse.


Mariage d'Artus


Le sixième jour, ils partirent pour la Carmélide, où Guenièvre attendait Artus. Le jour du mariage, il y eut plus de joie que jamais en un jour de fête. La salle fut couverte de joncs, d'herbes vertes et de fleurs qui embaumaient. L'été débutait, et un vent chaud avait lustré le ciel qui débordait de soleil. Guenièvre apparut aux yeux éblouis de tous, le visage découvert, ses cheveux blonds couronnés d'or et de pierreries, vêtue d'une robe lamée d'or, si longue qu'elle traînait à plus d'une demi-toise.

En cortège, les fiancés, les rois et leur cour, les barons du royaume de Carmélide, les nobles et les bourgeois se rendirent à l'église pour la bénédiction nuptiale. Ensuite, tout ce monde fit bombance, après avoir entendu les ménestriers jouer du violon, de la flûte et des chalumeaux, puis les chevaliers se divertirent à l'escrime et autres jeux, et tous dansèrent et prolongèrent ces plaisirs fort tard dans la nuit. Pas un convive n'oublia de sa vie une aussi belle journée. Une semaine après, les rois Ban et Bohor prenaient congé d'Artus, qu'ils n'avaient pas quitté depuis qu'ils guerroyaient contre les Saines, et regagnèrent leurs terres. Ils partirent en compagnie de Merlin et, ensemble, ils traversèrent la mer pour arriver en Petite Bretagne, où ils furent accueillis avec des transports d'allégresse.

Merlin conseille Arthur, gravure de Gustave Doré
 
Cependant, Merlin poursuivit son chemin pour aller voir Viviane, dans la forêt de Brocéliande. Le lac de Diane Viviane reçut son ami avec beaucoup de tendresse, si bien qu'il en tomba plus amoureux encore, si la chose se pouvait. Ayant pris la peine de lui expliquer la plupart de ses jeux, c'était elle maintenant qui lisait dans ses yeux et dans sa pensée, de telle façon qu'il n'eût jamais aucun secret pour elle. Un après-midi qu'ils se promenaient tous deux dans la forêt, Merlin conduisit Viviane au lac de Diane. Il lui fit remarquer une tombe, en marbre, où l'on voyait en lettres d'or ces mots :

Ci-gît Faunus, l'ami de Diane.

Puis il lui conta cette histoire : Faunus aimait loyalement Diane, la déesse des bois. Hélas ! celle-ci lui préféra Félix et elle n'hésita point, un jour que Faunus blessé voulut se baigner dans l'eau enchantée qui se trouvait alors à la place même de la tombe, à faire renverser une pierre sur lui, celle-là même qui fermait à présent le tombeau, où gisait écrasé le pauvre Faunus. Alors Félix, indigné par l'acte criminel de Diane, la prit par sa tresse, et lui coupa la tête de son épée.

- Et qu'est donc devenu le manoir que Diane avait fait bâtir ? demanda Viviane, après un grand moment de silence.

- Le père de Faunus le détruisit dès qu'il connut la mort de son fils. Or, devinez quelle idée vint brusquement à Viviane ? Elle émit le désir d'avoir un manoir aussi beau et aussi riche que celui de Diane. Et aussitôt, pour lui complaire, Merlin faisait jaillir, à la place du lac, un château, si merveilleux qu'il ne s'en trouvait point de semblable dans toute la Petite Bretagne.

- C'est votre manoir, ma mie, lui dit-il. Jamais personne ne le verra qui ne soit de votre maison, car il est invisible pour tout autre et aux yeux de tous, il n'y a là que de l'eau. Si, par envie ou par traîtrise, quelqu'un de vos gens révélait le secret, aussitôt le château disparaîtrait pour lui, et il se noierait en y croyant entrer.

- Mon Dieu! fit Viviane éblouie, jamais on n'entendit parler d'une demeure plus secrète et plus belle. À la voir si heureuse s'augmenta encore la joie de Merlin, qui lui apprit plusieurs autres enchantements, au point qu'il devint d'une imprudence folle.

- Beau Sire, lui dit-elle un jour, il y a encore une chose que je voudrais savoir. C'est comment je pourrais enserrer un homme sans tours, sans murs, sans fers, de manière qu'il ne pût jamais s'échapper sans mon consentement... Merlin, qui lisait dans sa pensée, répondit :

- Ma belle amie, de grâce, ne me demandez plus rien. Vous voulez m'enfermer ici pour toujours, et je vous aime si fort qu'il me faudra faire votre volonté. Viviane lui sourit tendrement :

- Je n'ai sans vous ni joie ni biens, dit-elle, et j'attends tout de vous. Puisque je vous aime autant que vous m'aimez, ne devez-vous pas faire ma volonté et moi la vôtre ?

- La prochaine fois que je viendrai vous voir, je vous enseignerai ce que vous désirez. Il y avait obligation pour Merlin de retourner, à présent, au royaume de Logres, auprès du roi Artus qui réunissait beaucoup de monde à Carduel, au moment de Noël.


Fondation des Chevaliers de la Table ronde


Et il y eut, en effet, grande réception et festin en ce jour, au château de Carduel, au pays de Galles. Merlin amusa les invités du roi en prenant diverses apparences, puis, quand les tables furent enlevées, après le repas, il rappela l'histoire du Graal ou l'histoire de ce vase contenant le sang du Christ. Or, d'après la légende, ce vase avait été transporté en Petite Bretagne.

le vrai graal ?
Un parmi les nombreux prétendants au titre de "vrai Graal"


- Et, dit Merlin, il est écrit que le roi Artus doit établir ici même une table, qui sera ronde pour signifier que tous ceux qui devront s'y asseoir ne jouiront d'aucune préséance. À la droite du roi demeurera toujours un siège vide, en mémoire du Christ. Qui se risquerait de le prendre, sans être l'élu, serait puni de mort, car il est réservé au Chevalier qui aura conquis le Graal.

- Qu'il en soit ainsi ! déclara Artus.

Et aussitôt qu'il eut parlé, surgit, au milieu de la salle, une table ronde autour de laquelle se trouvaient cent cinquante sièges de bois. Et sur la plupart d'entre eux, on lisait en lettres d'or : Ici doit s'asseoir Un Tel.

Mais sur celui qui était à la droite du fauteuil du roi, aucun nom n'était inscrit. Artus et les chevaliers désignés vinrent prendre place. On remarquait messire Gauvain, et tous ceux qui avaient défendu le royaume durant l'absence du roi. Puis Gauvain, en sa qualité de connétable, prononça, au nom de tous, le serment solennel : que jamais Dame, Damoiselle ou homme ne viendrait demander aide à la cour sans l'obtenir, et que, si l'un des chevaliers présents disparaissait, les autres, tour à tour, se mettraient sans trêve à sa recherche, pendant un an et un jour. Tous les Chevaliers de la Table ronde jurèrent, sur des reliques de saints, de tenir le serment qu'avait fait pour eux messire Gauvain. Ensuite, la reine Guenièvre proposa que quatre clercs fussent à demeure dans ce château de Carduel pour mettre par écrit toutes les aventures des Chevaliers. Le roi Artus l'approuva. Et à l'unanimité, les Chevaliers manifestèrent grande joie.


Quête de Merlin

 


Pour la quatrième fois, Merlin quitta la cour du roi Artus pour se rendre dans la forêt de Brocéliande. Le roi et la reine en furent peinés, car il était pour eux un excellent ami. Et d'autant plus que Merlin leur avait dit qu'il ne reviendrait pas. Était-ce possible, se disaient-ils, en le voyant disparaître au loin, sur un cheval superbement harnaché. Ayant retrouvé Viviane, Merlin céda enfin à sa prière et il lui donna les moyens de le faire prisonnier d'amour pour toujours. Mais cela, on l'ignorait à Carduel et quand trois mois furent écoulés, sans que Merlin parût, Gauvain dit au roi, qui se montrait très triste :

- Sire, je vous jure, par le serment que je fis, pour Noël, que je le chercherai, partout où cela me sera possible, durant un an et un jour.

Et tous les chevaliers l'imitèrent, et partirent en quête de Merlin à la même heure. Ils se séparèrent à une croisée de chemins. Or, un jour que Gauvain traversait une forêt après avoir longtemps erré sur les terres de Logres et ne savait où se diriger, il croisa une Damoiselle montée sur un beau palefroi noir, harnaché d'une selle d'ivoire aux étriers dorés. Elle-même était richement vêtue. Mais Gauvain, plongé dans une sombre rêverie, passa auprès d'elle sans la voir ni la saluer, ce qui représentait, pour un chevalier, une faute grave. Profondément choquée, la Damoiselle fit tourner son palefroi et aborda Gauvain, pour lui reprocher son manque de courtoisie. Et, pour le punir, elle lui souhaita de ressembler au premier homme qu'il rencontrerait. Gauvain s'inclina, ne dit mot et repartit, mais à peine eut-il chevauché quelques lieues, ses yeux s'arrêtèrent sur un nain qui marchait en compagnie d'une Damoiselle.

Se rappelant la leçon qu'il venait de s'attirer, il s'empressa de la saluer. À quelque distance, il ne comprit pas, ou il ne comprit que trop, ce qui lui arrivait : les manches de son haubert lui venaient maintenant bien au-delà des mains, et les pans lui couvraient les chevilles. Eh oui, Gauvain avait tellement diminué de taille qu'il n'était plus qu'un nain, dont les pieds n'atteignaient pas les étriers et la tête son écu... Sa peine fut si vive, qu'il se demanda, un moment, s'il n'allait pas en finir avec la vie. Mais que dirait-on, à la cour du roi Artus, d'un chevalier qui n'aurait su faire face à l'épreuve ? Et déjà, s'aidant d'un tronc d'arbre coupé pour descendre de cheval, il raccourcissait ses étriers, relevait les manches et les pans de son haubert et aussi ses chausses de fer. Puis, courageusement, il reprit la route pour être fidèle à son serment. Mais de Merlin, point ne se présentait. Personne ne l'avait vu ni ne le connaissait. Et vous devinez aisément l'angoisse de messire Gauvain qui continuait à parcourir des lieues.

Un jour, il entra dans la forêt de Brocéliande, et c'est là qu'il découvrit un étrange phénomène : une sorte de vapeur... Il ne pouvait croire que son cheval ne franchirait pas un obstacle transparent et aérien. Mais non. Obstinément, le cheval refusa d'avancer... Et, soudain, il s'entendit appeler par son nom, et reconnut la voix de Merlin.

- Où êtes-vous ? demanda Gauvain. Je vous supplie de m'apparaître...

- Non, répondit Merlin, vous ne me verrez plus jamais, et après vous je n'adresserai la parole qu'à ma mie, Viviane. Le monde n'a pas de tour si forte que la prison d'air où elle m'a enserré. Et il raconta comment, alors qu'il dormait, Viviane avait fait un cercle de son voile, autour du buisson ; et comment, quand il s'éveilla, il comprit qu'il ne pourrait plus sortir de ce cercle enchanté où Viviane le retenait prisonnier. Il dit encore :

- Saluez pour moi le roi, et madame la Reine, et tous les chevaliers et barons, et contez-leur mon aventure.

Puis il ajouta : Ne désespérez pas de ce qui vous est advenu, Gauvain. Vous retrouverez la Damoiselle qui vous a enchanté ; cette fois, n'oubliez pas de la saluer, car ce serait folie. À tout ce discours, le nain Gauvain ouvrit de grands yeux. Cependant, il reprit la route de Carduel, tout à la fois heureux et mécontent, heureux de ce que Merlin lui prédisait la fin de sa mésaventure, et mécontent de penser que son ami s'était montré, pour la première fois, plus fol que sage. Quand il traversa la forêt où il avait croisé la Damoiselle qui lui avait jeté ce mauvais sort, il craignait tant de la rencontrer et de ne pas la saluer, qu'il ôta son heaume pour mieux la voir. Et soudain, il l'aperçut aux prises avec des chevaliers félons qui lui voulaient du mal.

Gauvain s'élança alors sur eux et les combattit si bien, malgré sa petite taille, qu'il les mit en déroute. En reconnaissance de son dévouement et de sa bravoure, la Damoiselle, sur la promesse qu'il lui fît d'être toujours courtois, lui permit de redevenir ce qu'il était avant leur première rencontre. Alors messire Gauvain chevaucha si vite qu'il arrive en même temps que les chevaliers qui étaient partis comme lui pour chercher Merlin et qui revenaient, comme lui, après un an et un jour. Tous firent au roi et à la reine le récit de leurs aventures et quand vint le tour de Gauvain de raconter l'enserrement de Merlin, il provoqua chez tous une grande tristesse. Des clercs mirent ces récits par écrit. Grâce à eux, nous les connaissons aujourd'hui.




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