les DRAKKARs

Publié le par Grimbeorn








Entre le IXe et le XIIe siècles, les Vikings ont dominé l'Europe, en grande partie grâce à des bateaux longs et étroits, remplis de guerriers, les fameux langskips,  plus connus sous le nom de drakkars.

Le terme drakkar, généralement employé   pour désigner toute embarcation scandinave de l'époque des grands raids vikings, est une invention de la vague romantique du XIXe siècle et n'a pas de réalité historique.
Une idée couramment répandue voudrait que drakkar provienne du vieux norois dreki, certainement dérivé du terme latin draco et utilisé par association d'idée, car la proue de ces navires de guerre était souvent ornée d'une tête de dragon. Mais il semble impossible, même avec l'évolution de la langue, que le mot dreki soit devenu drakkar. Le terme drakkar a donc été emprunté, au XIXe siècle, du suédois drakar, pluriel de drake, dont le sens premier est "serpent monstrueux, dragon".

Jusqu'au XIXe siècle, le terme le plus usité dans les divers textes, et adopté très tôt par la langue normande, est le mot esnèque ou senèque. Il provient du vieil islandais snekjur, pluriel de snekkja et s'applique à l'un des types de bateau de guerre le plus typique des vikings, le snekkar.



Les différents types et divers noms de bateaux vikings.

Les herskips
Bateaux de guerre, le plus souvent nommés par une indication relative à leur dimension. Ils sont pourvus d'un skjaldrim, un bordage spécial où sont placés les boucliers des rameurs pour servir de protections contre les projectiles.



    * - Langskip : littéralement long-navire, mot en vieil islandais dérivé du latin navis longa et du vieil anglais langscip.
    * - Snekkar : le plus connu des navires de guerre vikings.
    * - Skeid : bateau de grandes dimensions. Ce mot a donné le vieil anglais scegd.

Les navires de guerre vikings étaient souvent nommés par le nombre de rames ou de bancs de rameurs.

    * - Sexoeringr : six-rames.
    * - Tólfoeringr : douze-rames.
    * - Fimtánsessa : quinze bancs de rameurs.
    * - Tvitogsessa : vingt bancs de rameurs.




Les kaupskips
Navires marchands et de transport.

    * - Knarr : le principal navire de charge des vikings.
    * - Eikja : sorte de petit bachot.
    * - Ferja : bachot plus large.
    * - kuggr : au départ navire marchand, puis utilisation militaire jusqu'au XIIIe siècle, navire dit de Skuldelev.
    * - Byrdingr : large et haut de bordage, lourd et lent, transportant des cargaisons lourdes le long des côtes.


Les bateaux de servitude

    * - karfi : bateau de servitude locale. Serait rattaché au mot latin carabus.
    * - Skuta : cotre, bateau de petite taille.
    * - Rodrarferja : bachot à rames, petit esquif pour les déplacements le long des côtes.
    * - Batr : barque ou chaloupe.

L'examen minutieux des bateaux vikings tels que ceux d'Oseberg et de Gokstad, exposés au musée des Bateaux Vikings d'Oslo, permet de mieux comprendre la suprématie des Vikings en tant que peuple marin sur des sociétés solidement établies comme celles qui occupaient l'Angleterre, la France et l'Irlande de 800 à 1050 après J.-C. Leur supériorité résidait dans leur compétence en matière de construction navale. Leurs navires étaient rapides, équipés d'un mât central et d'une voile carrée, ce qui permettait à l'équipage de ramer même lorsque la voile était déployée.

La construction navale

La perfection de la conception et de la réalisation du langskip n'est pas le fruit d'un génie créatif isolé. Ces navires sont l'aboutissement de 6 000 ans d'évolution technique.

Au Néolithique, les habitants des côtes danoises construisaient des pirogues (les plus anciennes datent d'environ 5 000 ans avant notre ère) dans un bois souple et résistant pour aller pêcher. Utilisant des outils de silex, ils sculptaient des grumes de tilleul, bois tendre et résistant, jusqu'à obtenir une épaisseur régulière de deux centimètres. Ces pirogues "monoxyles", dont la longueur atteignait dix mètres, s'aventuraient apparemment en mer, à la pagaie, pour la pêche à la morue, à la baleine, ainsi que pour des raids. Certaines servirent de sépulture.

Puis, environ 3000 ans avant J.-C., ils commencèrent à creuser une rangée de trous, le long du bord supérieur de leurs pirogues. A l'aide de cordes en fibres végétales, ils fixèrent dans la partie haute des flancs de la pirogue le bord inférieur d'une planche portant des trous similaires. Ces planches supplémentaires augmentaient la navigabilité en surélevant le franc-bord.
Ainsi naquit la technique de bordé à clin, caractéristique de l'Europe du Nord.

Les navires scandinaves évoluèrent au cours de l'âge du bronze (2 000 à 500 ans avant J.-C.) : leurs extrêmités se relevèrent et s'ornèrent de spirales ou de têtes d'animaux. Quelques-unes de ces têtes sont certainement des serpents ou des dragons : l'art de cette époque montre des dragons qui planent au-dessus des bateaux. L'équipage de ces bateaux porte souvent les casques à cornes devenus les symboles des caricatures de Vikings. Lorsque l'ère viking arriva, ces couvre-chefs étaient démodés depuis longtemps.
 


Les charpentiers vikings, qui recherchaient le navire de raid parfait, créèrent des bateaux aux proportions et aux propriétés extrêmes. Avec un rapport longueur sur largeur supérieur à six pour un (voire 11,4 pour un dans le cas du langskip d'Hedeby) et leur faible tirant d'eau, les bateaux s'échouaient sur n'importe quelle plage et rentraient dans presque n'importe quel cours d'eau d'Europe.
Les charpentiers vikings visaient essentiellement la vitesse. Ils réduisaient l'épaisseur des bordages à deux centimètres seulement et éliminaient tout bois superflu des membrures.
Ces bateaux n'étaient alors pas taillés pour la haute mer. Car, tandis que la coque et les bordages recevaient toute l'attention des charpentiers, ceux-ci ne prirent pas la peine de ponter les navires, et même en longeant les côtes, ils avaient fort à faire avec les pluies et les embruns qu'il fallait évacuer.
Préoccupés de perfection technique, ils ne négligeaient pas la beauté des lignes, particulièrement dans les courbes nobles de la proue et de la poupe.

Il fallut attendre la période précédant immédiatement l'ère viking pour que les charpentiers nordiques maîtrisent en même temps l'art des grands mâts et des fortes quilles.
Quilles qui constituaient l'armature première des bateaux vikings : on construisait les coques sur celles-ci, à l'aide de planches de bois vert coupées en étoile autour du cœur de l'arbre. La texture du bois était soigneusement travaillée ; la quille devait provenir d'un tronc droit, pour rester d'une seule pièce.
Pour la membrure du navire, on prenait des branches qui possédaient naturellement la courbure nécessaire. Il fallait obtenir légèreté et souplesse, les coques devant chevaucher les vagues et non lutter contre elles. On comptait une douzaine de chênes pour un navire de guerre de bonne taille (ou de sapins, surtout dans le nord).


Le bordé était à clin, les virures des œuvres mortes (c'est-à-dire la partie non immergée de la coque) étaient clouées les unes sur les autres, puis solidement fixées aux couples, toujours par des clous. Par contre, les bordages des œuvres vives, sous la ligne de flottaison, étaient tenus sur les couples par des attaches élastiques (racines de pin).
Contrairement aux usages du reste de l'Europe, ces couples, au lieu d'être encastrés dans des entailles de la quille, reposaient librement sur elle, solution qui ne va pas dans la pratique sans un certain risque d'instabilité dû à la carène liquide (volume d'eau rentré dans les fonds). Les planches conservaient entre elles une certaine mobilité et il était inévitable qu'au défaut des coutures l'eau pénètre en abondance. Un tel procédé qui laisse vulnérable la coque surprend chez un peuple qui savait maintenant comment clouer des virures pour réaliser des structures rigides et robustes.
La carène élastique offrait en effet deux atouts : meilleure résistance aux efforts de flexion des houles, meilleures dispositions hydrodynamiques. La coque peu rigide suivait et secondait en quelque sorte la sollicitation de l'eau et, de ce fait, prenait aisément un surprenant surcroît de vitesse.
Et les entrées d'eau ne s'avéraient en définitive pas si graves : le franc-bord très bas obligeait déjà les hommes à vider constamment l'eau provenant de la surface, et les quelques litres infiltrés en supplément par le fond importaient peu. Pour vider l'eau embarquée, on se servait d'écopes, tout comme aujourd'hui. L'opération était cependant si continue et si vitale que les Vikings nous ont transmis une saga qui conte l'aventure d'un navire où six hommes écopent tandis que sept autres souquent sur les avirons.



Le snekkar

Le snekkar est l'un des plus grand type de bâtiment construit par les Vikings du IXe au XIIe siècle. Il figure parmi les plus admirables bateaux jamais construits. Les attraits esthétiques du navire remplissaient aussi des fonctions techniques, faisant du snekkar l'embarcation la plus performante jamais vue.

Sa forme était basse (sauf à la proue, qui était souvent dominée par une tête de dragon), assez allongée, mais beaucoup moins que les galères de Méditerranée. Il était plus étroit que le knarr (rapport longueur/largeur de 7/1 contre 4/1 pour le knarr).
 

Conçu pour la guerre et les voyages, il pouvait mesurer plus de 30 mètres de long. Bien qu'il était possible d'y lever un mât, les rames constituaient son principal moyen de propulsion. L'équipage se composait de 60 à 80 hommes, un par rame. Il était possible de transporter jusqu'à 160 hommes de plus (pour l'abordage et les pillages).
Nous savons par des sagas qu'il y en eut de beaucoup plus grands, tel l'Ormm lange (le Grand Serpent) d'Olav Tryggvesson, qui dépassait 40 mètres.

Le mât du snekkar s'abaissait facilement, pour diminuer la résistance au vent et obtenir une plus grande stabilité quand l'embarcation était propulsée à la rame, ou pour éviter de se faire repérer avant une attaque surprise. En pleine mer, les Vikings se servaient habituellement des voiles, mais utilisaient les rames sur les cours d'eau, les criques ou les lacs.


Cette combinaison de voiles et de rames était le secret du navire viking.
Le résultat était une merveille de puissance et de navigabilité. Des répliques modernes ont montré que les snekkars dépassaient les dix nœuds dans de bonnes conditions, et qu'ils pouvaient parcourir en moyenne 200 kilomètres par vingt quatre heures sur de longues distances.
La combinaison de voiles et de rames leur donnait une grande adaptabilité, pour des raids fluviaux comme pour de lointaines expéditions sur les océans.

Les mœurs vikings voulaient que les chefs fussent enterrés avec ce qu'ils connaissaient de plus cher : leur navire, leurs armes et leur épouse préférée tuée auprès d'eux. Presque toujours, après le sacrifice de la femme, le feu était bouté au navire, ce qui explique pourquoi les vestiges parvenus jusqu'à nous sont si peu nombreux.


Le knarr



Knarr (pluriel : knarrer ) or knaar ou knörr était le nom générique pour les bateaux de transport et de commerce des Vikings.
Généralement fait de chêne, bordé à clin, le knarr était un navire de marchandises très répandu dans la région scandinave. Il mesurait de 15 à 21 mètres de long sur 5 à 6 mètres de large, et possédait un unique mât orné d'une voile carrée. Conçu pour contenir une cargaison importante, il était plus lourd, plus large, avec une carène plus profonde que les navires utilisés pour piller, les langskips.

Knörr

Il était également moins dépendant des avirons comme moyen de propulsion, utilisait surtout la voile et portait un mât fixe.. En cas de vent faible, ou à l'approche de la rive, quelques rames (mesurant entre 5,3 et 5,8 mètres) placées à la poupe et à la proue venaient compléter sa puissance de propulsion. Son équipage pouvait comprendre de 8 à 14 hommes. Sa capacité de fret était assez limitée : de 10 à 50 tonnes.

Il avait une vitesse d'environ 10 nœuds. Sa construction lui donnait la capacité d'épouser la vague et de se « plier » selon la force de celle-ci, ce qui a valu au knarr le surnom de « serpent ». Le mât mesurait de 10 à 13 mètres de haut et portait une voile rectangulaire.
La proue et la poupe étaient symétriques et une rame-gouvernail était située à l'arrière, sur tribord.


Le knarr était très fiable en haute mer et pouvait servir à effectuer de longs voyages (même s'il n'était pas vraiment confortable). Son fond plat facilitait la remontée des fleuves et des estuaires, et il pouvait être facilement tiré au sec. Le knarr est indubitablement le type de bateau que les colons utilisèrent pour traverser l'Atlantique Nord jusqu'en Islande, au Groenland et en Amérique du Nord. Pour le transport de marchandises sur de faibles distances, on a sans doute eu recours à des bateaux plus petits.

Dans les batailles navales, les bateaux étaient attachés entre eux. Des pierres étaient projetées (elles se trouvaient en cale pour équilibrer le bateau), puis des flèches et enfin, on passait à l'abordage.




Les vikings ont emprunté les routes maritimes de l'Ouest, vers les îles Féroé, l'Angleterre, l'Irlande, les côtes occidentales d'Europe. Ils ont remonté la plupart des fleuves européens, sont descendus au Sud par l'Allemagne vers l'Italie du Nord. D'autres ont emprunté les routes de l'Est, par la Russie et l'Ukraine, puis jusqu'à Byzance par les fleuves russes, la mer Noire et la Caspienne. D'autres ont parcouru les routes maritimes du Nord, les côtes de la mer Baltique et de la mer Blanche. D'autres enfin ont colonisé le Groenland et sont arrivés jusqu'en Amérique du Nord.
 

En 982, Eric le Rouge, chassé de son pays par une accusation de meurtre, prend le large. Une interminable croisière le mène sur un rivage inconnu. Il le baptise Groenland, et y fonde une colonie.
Mais ses fils Leif et Thovald, poussent jusqu'au continent américain, reconnaissent le Labrador, explorent les côtes jusqu'au Massachusetts, puis gagnent l'intérieur des terres par le Mississippi.
 

Tandis qu'une partie du peuple normand affronte ainsi l'Atlantique Nord, une autre subit l'attrait des mers du Sud. La première nation à faire les frais de cette ruée vers le Midi sera la France, et ce, dès Charlemagne. Durant tout le IXe siècle, les Normands y lancent des raids, tirant à terre leurs navires, les juchant sur des chars, parfois même sur de longues distances. Ils mettent Rouen et Paris à sac et ne s'arrêtent qu'après avoir obtenu de Charles le Simple le territoire de la Basse-Seine, un pays encore appelé aujourd'hui Normandie et qui servira bientôt de base de départ à l'invasion de l'Angleterre.

En 1066, Guillaume le Conquérant arme une flotte de trois mille navires, dont sept cents de combat. Il ne rencontre guère de résistance et occupe l'île sans coup férir, personne ne s'y étant soucié de continuer la politique d'Alfred le Grand, dont la puissante flotte avait, en 893, repoussé une tentative de débarquement viking.
L'ampleur même de ces incursions, les relations établies par les Normands, devaient amener paradoxalement un bel essor du commerce maritime.




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